Les tourbillons de David Reed : illusion ou sensualité ?

à Bonn Dominique Legrand
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Rétrospective du peintre abstrait américain David Reed : peintures et dessins de 1967 à 2012.

  • Les récentes peintures à l’alkyde confèrent une dimension laquée supplémentaire au geste, proche de la calligraphie et de l’aquarelle (2002-2003). Photo Collection privée.
    Les récentes peintures à l’alkyde confèrent une dimension laquée supplémentaire au geste, proche de la calligraphie et de l’aquarelle (2002-2003). Photo Collection privée.

Face à la grosse machine Pixar et Anselm Kieffer qui font régner la loi du plus fort sur le boulevard des musées, on hésiterait presque à traverser les quelques mètres qui séparent le Centre d’Art et d’Expositions de Bonn et son traditionnel flot de visiteurs pour découvrir un artiste trop méconnu en Europe : l’Américain David Reed (San Diego, 1946), vibrant coloriste qui expose juste en face, au Kunstmuseum.

Un calme propice règne dans ce musée, trop souvent boudé sous la vindicte de rentabilité à tout prix prônée par le Centre d’art voisin. Pourtant, c’est là que de belles cartes se jouent. C’est le cas encore cet été avec l’exposition Heart of Glass consacrée par Christoph Schreier au peintre américain qui s’inspire de plusieurs courants, depuis le baroque et le maniérisme jusqu’à l’expressionnisme ou l’abstraction lyrique.

Ce peintre installé à New York depuis 1971 questionne la peinture jusqu’à l’épuisement de la surface et de la transparence dans la dilution de la forme. Sous la lumière naturelle qui inonde les espaces du Kunstmuseum, Reed a disposé ses différents formats comme des trophées, soit 40 ans de peinture documentée par des dessins préparatoires.

Opulence sensuelle des couleurs venues du Pop art, gestuelle dansante de la brosse qui imprime ondes et volutes, la répétition semble la signature dolente de cet artiste qui a commencé à peindre dans les années 60, choisissant les paysages désertiques et solitaires du Nouveau-Mexique et de l’Arizona. Un flatbook collector reprend d’ailleurs, dans un beau format allongé, ses peintures exposées dans un plus petit espace. Elles ont été inspirées par une grotte proche d’un canyon où il s’était réfugié, un lieu qui lui était étrangement familier, puisqu’il l’avait déjà vu dans le western de John Ford La prisonnière du désert, comme il le découvrira plus tard.

Rubans séducteurs

Sa prédilection pour les longs formats, horizontaux ou verticaux, s’explique par son intérêt pour la photographie et le cinémascope. Il recherche tant la planéité et l’effet de lumière que toute sa peinture tend vers une impression d’illusionnisme séducteur encore renforcé par la connotation de rubans liquides qu’il donne à ses coulées de traits. Les références à l’élément aquatique se multiplient dès les années 90 où il explore littéralement l’expérience de l’océan californien sous l’influence de Pollock, Willem de Kooning ou Jasper Johns.

Osez la rencontre !