Une belle histoire de pendule chinoise

Jean Vouet
Mis en ligne

Estimée entre 150.000 et 200.000 livres sterling, cette pendule s’est vendue pour plus du double chez Christie’s, à Londres.

Parmi les nombreux lots qui étaient proposés à la vente par Christie’s à Londres le 4 juillet dernier à l’occasion de son « Exceptional Sale », on retiendra le beau résultat affiché par cette pendule chinoise.

Présentée aux enchérisseurs avec une estimation initialement située entre 150.000 et 200.000 livres sterling, celle-ci s’est finalement vendue pour plus du double, à 553.250 livres sterling ! Un joli prix pour cet objet de collection tout droit sorti des ateliers de Guangzhou (Canton) auquel on a intégré un mécanisme français de la fin du XVIIIe siècle, signé Perret à Paris.

Cette pendule sommée d’un miroir encadré de deux Chinois fut donc fabriquée en Chine, à Canton, durant la dynastie Qianlong (1736-1795). À la fin du XVIIIe siècle, Guangzhou possédait un statut particulier qui faisait de cette ville le seul comptoir chinois ouvert au commerce avec l’Europe. D’un point de vue stylistique, cet objet partage un certain nombre de caractéristiques communes avec les productions d’un horloger et joaillier anglais très célèbre à l’époque, James Cox (1723-1788), qui fut également un entrepreneur de renom (il prétendait ainsi employer vers 1770 entre 800 et 1.000 ouvriers, un chiffre considérable pour l’époque).

Ce qui est par contre établi, c’est qu’au fil des années, James Cox parvint à séduire une riche clientèle asiatique et à écouler en Chine un très grand nombre d’articles d’horlogerie de luxe, produits pour la plupart en France, en Angleterre et en Suisse. Ce commerce juteux lui procura une renommée si grande et des moyens financiers tels que la plupart de ses artisans-fournisseurs d’Europe préféraient ne pas signer de leur nom leur production, celui de Cox étant bien plus vendeur. Pourtant, dans le cas de l’horloge vendue par Christie’s, il s’agit bien d’une production chinoise et non européenne.

Plusieurs éléments abondent dans ce sens, comme le fait que sa caisse ait été réalisée non pas en or, comme on aurait pu s’y attendre pour une horloge anglaise, mais bien avec des feuilles de métal repoussé doré. De même, la présence sur les côtés de cette caisse d’inscriptions imitant l’alphabet européen et sans aucune signification constitue également un autre argument en faveur d’une production chinoise.

D’un point de vue décoratif, cette pendule présente un mélange étonnant d’éléments chinois et européens. Par exemple, les médaillons antiquisants qui encadrent le petit théâtre ajouré situé sous la caisse sont d’inspiration européenne, mais d’exécution chinoise au vu de leur faible qualité de finition. En revanche, les automates qui défilent en dessous et au-dessus du petit pont constituant cette scène sont, eux, clairement d’inspiration asiatique, au même titre que les rhinocéros caparaçonnés qui soutiennent la caisse. Le miroir, la caisse et le cadran de l’horloge sont sertis de rangs de pierres en pâte rouge ou verte, qui offrent de beaux contrastes avec les dorures de l’objet.

Un mécanisme parisien

Œuvre d’un certain Perret à Paris, comme indiqué sur le balancier, le mécanisme de cette pendule fut donc probablement importé en Chine pour y être intégré à un objet produit localement. Cette pratique était courante à l’époque, sans pour autant qu’elle signifie que les ateliers chinois ne pouvaient pas produire de mécanismes de qualité. C’est notamment pour cette raison que de nombreuses horloges chinoises furent pendant longtemps erronément considérées comme des produits européens, alors qu’il s’agissait en réalité d’objets cantonais.

Quant à l’auteur de ce mécanisme, « Perret », il pourrait s’agir de Jean-Guy Perret (1720-1769), horloger à Paris spécialisé en automates et dont le fils Jean-Baptiste reprit après sa mort l’atelier situé près de Saint-Sulpice, mais il ne s’agit là que d’une supposition. Compte tenu de l’ancienneté de l’objet, du caractère quelque peu hétéroclite de sa décoration et du fait que son mécanisme ne soit pas l’œuvre d’un horloger de renom, l’on peut donc estimer que celui-ci a réalisé en résultat situé bien au-delà des espérances de ses anciens propriétaires et, peut-être, aussi des experts de Christie’s.

Osez la rencontre !