« Brainstorming » de rentrée pour la justice liégeoise
Du coup, les détenus sont maintenus dans les vieilles cellules de l’ancien palais. Et on les voit mal traverser une partie de la place Saint-Lambert à pied pour se rendre à leur procès…
« Nous avons listé huit points sur lesquels il faut impérativement que des travaux soient réalisés, confie Christian Beaupère, chef de corps de la police de Liège. Mais si les problèmes de serrures, de vitre sans tain et de communication radio sont réglés, on pourra démarrer ». Quand ? C’est LA question qui reste en suspens. La problématique de la vitre sans tain – trop opaque – aurait déjà été signalée le 4 janvier dernier. Mais le SPF Justice et la Régie des Bâtiments se seraient jusque-là renvoyé la balle, histoire de ne pas avoir à payer la facture…
Une fois le tribunal de première instance parti, la cour d’appel récupérera les salles : « elles nous permettront de disposer enfin des surfaces nécessaires à notre bon fonctionnement, explique Marc Dewart, premier président de la cour d’appel, qui précise que les cellules moyenâgeuses du vieux palais mériteraient bien, elles aussi, une rénovation. Mais celle-ci n’a pas été opérée, faute d’argent.
C’est aussi à cause de ce manque de moyens financiers et humains que la justice belge – et le ressort de la cour d’appel de Liège enregistre un taux comparable – affiche un taux de classement par opportunité de quelque 60 %, soit dix fois plus que nos voisins des Pays-Bas. « En matière correctionnelle, c’est de nature à générer à la fois un sentiment d’abandon dans le chef des victimes, un sentiment d’impunité chez les auteurs et du découragement parmi les fonctionnaires », a noté le Procureur Général Christian De Valkeneer dans sa mercuriale.
L’idée du Procureur n’est pas d’embouteiller les tribunaux avec de nouvelles affaires, mais bien de miser sur les alternatives aux poursuites (transaction, médiation pénale…). Pour ce faire, les magistrats devraient consacrer plus de temps à ce type de réponse pénale. Et puisqu’il n’y aura pas de magistrats supplémentaires, le Procureur Général propose d’impliquer plus fortement les services de police dans l’orientation à donner à certains dossiers : les magistrats, qui examinent actuellement tous les dossiers classés sans suite pour des raisons techniques, n’en examineraient plus par exemple, pour des faits de « petite à moyenne » gravité, qu’un dixième. « Je suis extrêmement réticent à cette idée, glisse le bâtonnier du barreau de Liège Eric Lemmens. C’est aux magistrats que doit revenir la décision finale. Dans la formule proposée, neuf dossiers sur dix ne seraient pas contrôlés par un magistrat ! ». Le bâtonnier a quant à lui proposé une autre formule pour libérer de l’argent en opérant des glissements budgétaires : n’envoyer en prison, dans les cas les moins graves, qu’à titre subsidiaire. « Dès qu’on construit des prisons, elles se remplissent… Le nombre de prisonniers augmente alors que le nombre de délits n’augmente pas ! », a-t-il constaté dans son discours ce
lundi. Quel que soit l’orateur, le ton a donc été donné : c’est sous le signe des économies forcées que la justice liégeoise fait sa rentrée.







