Le Théâtre de l’Eveil, au printemps de son histoire

Catherine Makereel
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En 1982, le succès de L’Eveil du Printemps de Wedekind, mis en scène par Guy Pion et Christian Crahay, marquait l’inauguration d’une nouvelle compagnie : le Théâtre de l’Eveil. « C’est un peu un hasard si on a pris ce nom-là à l’époque, pour faire le lien avec notre première pièce, se souvient Guy Pion, membre fondateur de la troupe. Mais le hasard fait finalement bien les choses puisque le fil rouge de notre travail, c’est de mettre le spectateur en éveil. Ça ne veut pas dire qu’on est là pour faire la morale. On ne doit pas non plus être forcément tragique ou larmoyant. On peut aussi faire du Molière ou du Dario Fo pour éveiller les esprits. L’idée, c’est que les gens se laissent aller pour ouvrir les portes de leur esprit, se remettre en question, discuter. En ce sens, l’ambition qui a fait germer l’Eveil il y a 30 ans, n’a pas changé. » Aujourd’hui, pour fêter ces trente ans, la troupe recrée l’œuvre de Wedekind.

Attention, qui dit anniversaire ne dit pas nostalgie. Pour cette recréation, le comédien et metteur en scène a voulu remettre les choses à plat et donner carte blanche à une jeune metteuse en scène – Jasmina Douieb – pour une pièce qu’il juge d’une actualité exemplaire : « Même si elle a été écrite en 1892, ses questions sur la sexualité des adolescents, le suicide, la pression parentale, morale, religieuse, n’ont pas bougé d’un pouce. Aujourd’hui, on observe un taux toujours plus élevé d’avortements alors qu’on pourrait penser que tout a été réglé en ce qui concerne l’information et la prévention. Culturellement, force est de constater qu’il y a une large désinformation. »

S’il a choisi Jasmina Douieb à la mise en scène, c’est parce que la jeune femme a plus ou moins le même âge que lui à la première création de cet Eveil, mais aussi et surtout parce que c’est une femme. « Depuis 30 ans, j’ai vu trop de mises en scène systématiquement masculines du Wedekind. Le regard d’une femme sera forcément différent sur cette pièce. A l’heure où le féminisme s’englue désespérément, où les valeurs familiales traditionnelles connaissent un regain d’intérêt croissant, où les morales religieuses veulent plus que jamais imposer leurs diktats, un regard féminin nous paraissait plus qu’indispensable pour donner à entendre et à voir cet hymne à la liberté qu’est L’Eveil du Printemps. » Sur les 14 comédiens, deux seulement étaient présents dans la création d’origine : Guy Pion et Béatrix Ferauge. Le reste de la distribution laisse la place à la relève.

Après trente ans et de nombreux moments phares – Sauvés d’Edward Bond, L’Opéra de Quat’sous de Brecht, ou encore la rencontre avec Carlo Boso – Guy Pion a toujours la flamme pour ce métier, même s’il avoue que les conditions sont de plus en plus difficiles. « Quand je suis sorti de l’école, on devait être 25, toutes écoles confondues. Aujourd’hui, ils sont plus d’une centaine à sortir des écoles chaque année. Forcément, la concurrence est plus rude. Sans compter qu’il y a moins de productions. Et puis, les acheteurs, les diffuseurs, tout le monde est plus frileux parce que, partout, on réclame des politiques rentables. Plus personne ne veut prendre de risque, on préfère le consensuel. »

Le comédien reconnaît pourtant qu’il n’a pas à se plaindre, lui qui est accueilli régulièrement au Théâtre Le Public, compagnon de route de longue date du Théâtre de l’Eveil. « Pour un théâtre itinérant comme le nôtre, c’est important de pouvoir donner une quarantaine de représentations à Bruxelles. » Avec cet Eveil du Printemps, les voilà « comme à la maison » pour une belle cure de jouvence.

Jusqu’au 20 octobre au Public, Bruxelles. Puis en tournée à Arlon, Tubize, Mons, Tournai, Comines, Mouscron. www.theatredeleveil.org.

Osez la rencontre !