entretien
Sebastian Moreno-Vacca est architecte chez A2M, un bureau qui a pignon sur rue à deux pas de la place Flagey. Il est également enseignant dans la section architecture de l’ULB et président de la PMP, la plateforme maison passive organisatrice du Salon « Passive House » qui se tiendra de vendredi à dimanche à Tour&Taxis, à Bruxelles. C’est à ce dernier titre qu’il a répondu à nos questions quant à la situation du passif en Belgique.
Le modèle passif en ce qui concerne la construction est apparu chez nous en 2007. Cinq ans plus tard, est-il entré définitivement dans les mœurs ?
Pas encore mais il y a aujourd’hui davantage de conditions qui sont remplies pour qu’on y arrive un jour. Il faudra attendre 2015 pour que ce soit le cas.
A combien de mètres carrés construits ou rénovés passifs sommes-nous à ce jour ?
250.000 m2 pour Bruxelles, 200.000 m2 en Flandre et entre 100 et 150.000 m2 en Wallonie. En 2007, on en avait construit 10.000 tout au plus…
Les débuts du passif furent poussifs, vous êtes d’accord ?
Dans les années 70, après le choc pétrolier, je me souviens de professionnels de la construction, en ce compris des architectes, qui se posaient les pires questions quant au double vitrage. Pourra-t-on voir à travers ?, les ouvriers sauront-ils le poser ?, etc. Les interrogations furent du même ordre avec le passif. Même si des doutes persistent parfois, on a à présent dépassé ce stade. Des giga-développements apparaissent, notamment à Bruxelles, une ville où énormément d’initiatives voient le jour. Le passif ne concerne plus seulement la maison résidentielle mais bien des crèches, des piscines, des écoles, des bureaux…
Si c’est l’Allemagne qui a inventé le passif il y a plus de vingt ans, c’est en Autriche qu’on trouve le plus de bâtiments passifs aujourd’hui : 16.000. En Belgique, on en comptabilise grosso modo 1.500. C’est encore très peu, non ?
Sans aucun doute mais le secteur connaît chez nous une croissance phénoménale, ce qui n’est pas le cas chez nos voisins. A chaque fois que la PMP va faire une conférence à l’étranger, que ce soit à Moscou, à Londres ou ailleurs, nous sommes montrés en exemple. J’ai parfois moi-même du mal à le croire ! Aujourd’hui, Bruxelles est vue comme une ville à la pointe du passif et la Belgique est considérée comme une sorte d’eldorado.
Pourquoi une telle perception,
à votre avis ?
Car la Belgique réunit les trois facteurs essentiels pour que la mayonnaise prenne. Primo, avec le certificat PEB (NDLR : performance énergétique des bâtiments), même s’il comporte encore des bugs et fusionnera bientôt avec le certificat du passif (le PHPP), nous possédons le cadre légal qui nous permet à tous de parler le même langage.
Secundo, nous avons l’aspect local, c’est-à-dire des bâtiments passifs construits près de chez nous que les gens peuvent venir voir et, j’ai envie de dire, toucher. Il n’y a pas longtemps, un ministre a envoyé une délégation pour voir du passif à Fribourg alors que ces mêmes Fribourgeois viennent le voir chez nous ! Troisièmement, il faut une volonté politique. Nous l’avons également – les bâtiments exemplaires lancés par la ministre Huytebroeck en sont un parfait exemple – au contraire de beaucoup d’autres de nos voisins. En Belgique, tous les indicateurs sont aujourd’hui passés au vert.
Beaucoup de gens se méfient encore du passif car ils y voient une méthode de construction compliquée. On sait qu’il se base sur deux principes fondamentaux : une isolation maximale et une ventilation performante, deux facteurs qui permettent de réduire fortement la facture de chauffage. Mais au-delà de ça…
Le passif est au contraire quelque chose de très simple. Mais il est vrai qu’on peut le rendre très compliqué. Moi je dis qu’il faut absolument calmer le jeu et faire du passif “simple” ! Certains bureaux d’études deviennent carrément hystériques et psychopathes (sic !). Un exemple : les fenêtres qu’on ne pourrait pas ouvrir, sous peine de dérégler tout le système de chaleur. C’est vrai que dans un cas pareil, le système se dérègle mais si on ouvre une fenêtre en hiver, au lieu de consommer 3 euros par mois de chauffage, on en consommera 6 le mois où l’on a ouvert la fenêtre. Il n’y a tout de même pas mort d’homme à ce que je sache !
Certains se plaignent également qu’avec leur température constante, les maisons passives manquent parfois du petit coup de chaleur qui fait du bien par où il passe quand on le désire. Vous en dites quoi ?
Mettez deux radiateurs, un dans le salon et un dans la salle de bains. Si vous avez froid, vous ouvrez la vanne et le tour est joué…
La première maison passive en Belgique n’ayant pas plus de six ans, ne manque-t-on pas du recul suffisant pour juger efficacement le passif ? En d’autres termes, d’ici dix ans, ne risque-t-on pas de voir apparaître des vices de construction liés à une technique qui doit encore faire ses erreurs de jeunesse ?
Si, mais c’est pareil avec la construction traditionnelle si elle est mise en œuvre par des gens soi-disant qualifiés. Figurez-vous que 95 % des professionnels qui construisent du passif aujourd’hui n’en ont pas l’expérience. Et pourtant, sur tout ce qui a été construit à ce jour, la Belgique ne possède qu’un taux d’erreur de 3 à 4 %. Si on demande aux entrepreneurs de faire des choses qu’ils connaissent, il n’y a aucun danger.
Un exemple ?
Le plafonnage. En Belgique, on plafonne beaucoup et c’est tant mieux car c’est un isolant extraordinaire. En France, on utilise plutôt des plaques de gyproc (plâtre). Pas l’idéal pour le passif car il faut ensuite isoler les joints entre elles. Et ne parlons pas de l’Allemagne, qui est pourtant la nation qui a inventé le passif. Dans la moitié du pays, on construit encore plus mal qu’en France. Une véritable catastrophe ! Croyez-moi, le savoir-faire constructif en Belgique est exceptionnel.
On estime encore généralement que construire du passif augmente la facture de 15 à 20 %, voire plus. Le prix constitue-t-il toujours un frein à son développement ?
Certains bâtiments coûtent plus cher, parfois jusqu’à deux fois le prix d’une construction traditionnelle. D’autres ont un prix équivalent. Et il nous est même arrivé de construire des bâtiments passifs moins chers que des bâtiments traditionnels !
Si on ne veut pas augmenter la facture, il faut privilégier une forme simple de bâtiment et utiliser des techniques simples elles aussi. La cellulose ou les panneaux en bois, que par ailleurs j’adore, coûtent plus cher que la laine de roche que tout le monde connaît. De plus, les produits commencent à coûter beaucoup moins cher. Voyez le triple vitrage : il existe aujourd’hui des fabricants qui en vendent en Belgique à 300 euros du mètre carré alors qu’il se vend à trois fois le prix en France. De plus en plus de Français viennent d’ailleurs se fournir chez nous…
En Belgique, on connaît la maison passive, la crèche passive, l’école passive, les bureaux passifs et même, bientôt, une mosquée passive. A quand une tour passive dans le ciel bruxellois ?
D’ici 2015 ou 2016, vous pourrez même en apercevoir 3 ou 4. Même si on ne peut pas en dire plus pour l’instant, je parle ici de tours de 20.000 à 60.000 m2 chacune !
Construction passive
pratique
« Passive House »
est un Salon destiné à la fois aux professionnels et au grand public. C’est le plus grand Salon consacré à la construction et la rénovation passives et basse énergie dans le Benelux. Le Salon accueille 140 exposants, répartis dans 3 halls d’exposition. 10.000 visiteurs attendus.
La journée du 7 septembre est consacrée aux professionnels. Le samedi et le dimanche, le Salon est ouvert au grand public. Le Salon propose informations, conférences et guidances sur plans gratuites pour tous les candidats bâtisseurs.
– Quand ? Du 7 au 9 septembre, de 10 à 18 heures.
– Où ? Tour et Taxis, à Bruxelles.
– Combien ? Prix d’entrée pour les visiteurs : 5 euros en pré-inscription sur le site internet du Salon et 8 euros sur place. Les professionnels payent 9 et 12 euros.
Site internet : www.passivehouse.be. Organisateurs : Plate-forme Maison passive – Passiefhuisplatform.
2015 en point de mire
La loi imposant
la construction passive
dans tout nouveau bâtiment en 2015 (idem pour les rénovations qualifiées de « lourdes » et définies comme telles de manière très stricte) a été votée l’an dernier. Elle n’a pas été bien accueillie par tout le monde dans le secteur de la construction. Résultat : un nombre incalculable de réunions… qui ont finalement débouché, en juillet, sur la décision suivante : la loi reste mais des assouplissements (des arrêtés d’exécution) vont être apportés. Ils seront communiqués lors du prochain Salon de l’Energie à Tour et Taxis (19-21 octobre).
Informations : www.maisonpassive.be
on peut construire ou rénover beaucoup de bâtiments différents en passif, comme…
Des piscines
Grâce à la Lippe Bad de Lünen (Allemagne), la première piscine publique passive d’Europe est devenue réalité. Pour chauffer à l’aide de centrales de conditionnement les cinq bassins (superficie totale de 800 m2), les économies d’énergie pourraient atteindre 193.000 euros par an.
Des écoles
Des écoles
La capacité de l’école fondamentale et maternelle de l’Héliport (bureau A2M), à Bruxelles a été portée à 450 élèves (contre 330 précédemment). Elle fait partie d’un projet mixte comprenant également des logements (51 appartements) et un espace pour la petite enfance et la famille.
Des crèches
Des crèches
La crèche Saint-François se trouve à Saint-Josse. Elle est l’œuvre du bureau 02 Architectes. Pour la construire, des matériaux écologiques furent utilisés. La façade est faite de pare-soleil. La crèche a été bâtie en intérieur d’îlot où l’on trouve également des logements pour artistes.
Des hôtels
Des hôtels
Le projet Belle-Vue, à Molenbeek-Saint-Jean, s’inscrit dans la réhabilitation complète des écuries et de la malterie des anciennes brasseries Belle-Vue.
Il rassemblera 29 chambres, une salle de séminaire et 1.000 m² de locaux dédiés à la formation aux métiers de l’hôtellerie et du tourisme.
Des bureaux
Des bureaux
Le nouvel immeuble de bureaux d’Elia, le gestionnaire du réseau belge à haute tension, est un projet d’Arcadis et Architectes Associés. D’une surface de 10.000 m² à Schaerbeek, le complexe accueillera quelque 350 collaborateurs. Il prévoit également un parc à câbles et un parking.
Des tours
Des tours
La Power Tower, centrale du consortium Energie Oberösterreich à Linz, est l’œuvre des architectes Weber et Hofer. Les 19 étages s’étendent à 75 mètres de haut pour capter le soleil sur la façade (700 m²). L’installation photovoltaïque produit 42.000 kW/h d’électricité par année.
tout est passif en Begique, a quand remonte une vraie décision active??