Le collège récuse la justice montoise
Rétroactes. A la Toussaint 2008, le collège désigne l’avocat carolo Philippe Bossard, du bureau bruxellois Philippe & Partners, pour représenter la Ville dans la négociation avec les promoteurs du projet commercial Rive Gauche. Un choix opéré avec mise en concurrence ? Les formes n’y sont pas, en tout cas, et quelques semaines plus tard, le collège, sur conseil de la secrétaire communale, « régularise » la désignation. Me Bossard est choisi pour ses compétences d’avocat « rompu à la négociation ».
L’homme de loi sous-traite ensuite une partie du travail à un confrère, Me Haumont, sommité en matière de droit urbanistique. Le hic, c’est que ses honoraires sont plus élevés que ceux de Me Bossard, sur base desquels il avait été désigné. Celui-ci répercute pourtant le tarif de son sous-traitant dans les factures adressées à la Ville. Constatant cela, le receveur communal, Eric Wartel, bloque le paiement. Commence alors un bras de fer entre le bourgmestre Viseur et son receveur, avec pressions, insistances et échanges d’amabilités.
Mais l’affaire est plus corsée encore. Car en 2011, soupçonnant un conflit d’intérêts, Eric Wartel dépose le dossier au parquet. En effet, au moment de la désignation de Me Bossard, le fils de Jean-Jacques Viseur était stagiaire chez Philippe & Partners et hébergé dans les bureaux de leur représentant carolo.
L’enquête a depuis été déterritorialisée à Mons (l’épouse de Jean-Jacques Viseur est juge à Charleroi). Et c’est la cellule de Jumet qui est sur la brèche, sous la direction du juge d’instruction Pilette. Récemment, le juge (selon certaines sources) ou les enquêteurs (selon d’autres) a/ont convoqué chacun des échevins, à titre de témoins. La convocation, comme le veut la loi, invite le justiciable à se faire assister de son avocat s’il le souhaite. L’objectif est d’établir les conditions qui ont prévalu à la désignation de Me Bossard.
Or mardi, le collège a décidé de ne pas répondre à cette convocation. Mieux, il a chargé Me Marc Uyttendaele d’écrire au juge d’instruction pour en apprendre un peu plus sur ses attentes. L’avocat aidera sans doute ses clients à préparer leur audition future, si celle-ci devait être maintenue. Autrement dit, les échevins ne refusent pas la convocation mais ils la retardent. Curieux, alors que la lumière dans cette affaire devrait profiter à tous.
Mieux ! De bonnes sources, il nous revient que l’exécutif carolo a chargé son conseil de déposer une requête en dessaisissement pour suspicion légitime de la justice montoise. Motif : l’épouse d’Eric Massin, actuel bourgmestre carolo, est magistrate à Mons. Le motif est surprenant, le socialiste n’étant entendu qu’à titre de témoin (et non de suspect), comme les autres membres du collège. Cette démarche aboutira-t-elle ? Elle aura en tout cas pour effet de retarder un dossier qui, contrairement à certains pronostics, semble loin de se dégonfler.







