Etre adulte et jouer l’enfant

Adrienne Nizet
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  • Maya Boelpaepe, 32 ans, est Mika, 13 ans, une enfant naïve confrontée à la noirceur des adultes. Itsik Elbaz, 36 ans, est Momo, un orphelin élevé par Madame Rosa (Janine Godinas). Photo D.R.
    Maya Boelpaepe, 32 ans, est Mika, 13 ans, une enfant naïve confrontée à la noirceur des adultes. Itsik Elbaz, 36 ans, est Momo, un orphelin élevé par Madame Rosa (Janine Godinas). Photo D.R.

Maya Boelpaepe a 32 ans. Itsik Elbaz 36. Pourtant, quand sur scène, ils incarnent des personnages au sortir de l’enfance (Mika, 13 ans et Momo, entre 10 et 14), on y croit. Leur gestuelle, leur façon d’être, leurs émotions sonnent juste. « Un adulte qui joue un enfant, ce n’est jamais crédible, tempère Itsik Elbaz. Ce qui fonctionne, c’est la convention. On dit : « On fait semblant et vous allez y croire » . Et vous le croyez. Le danger se situe donc dans les deux premières minutes. » Celles où le public plonge ou ne plonge pas.

Pour préparer leurs rôles respectifs, les comédiens ont beaucoup observé les enfants autour d’eux. « Leur façon de penser est différente, commente Maya Boelpaepe. Leur rapport à l’espace aussi. Ils sont émerveillés de tout ! Leurs sentiments sont francs, il y a en eux quelque chose de l’ordre de l’accueil. » Avec l’aide du metteur en scène (Geneviève Damas pour La robe de Gulnara, Michel Kacenelenbogen pour La vie devant soi), les comédiens ont ensuite essayé, affiné, épuré leur façon de faire l’enfant. « Au fil des répétitions, j’ai réalisé que j’en faisais trop, explique Itsik Elbaz. J’avais cette idée qu’un enfant, ça bouge tout le temps. Non, en fait. Et bouger tout le temps pollue le texte. Du coup, j’essaie de prendre des décisions plus franches : une fois que je suis assis, je suis assis. Les enfants n’en font pas plus, ils ont simplement moins de nuances de gris, moins de filtre dans leurs émotions. Il y a la joie, la colère, la peur et la tristesse, vécues de façon brute ».

« La première difficulté a été de ne pas rendre Mika gnangnan, confirme Maya Boelpaepe, qui s’est en outre remise au sport pour ce rôle. Eviter les phrases enfantines, par exemple. On ne retrouve jamais l’esprit d’enfant, cette façon de prendre les choses à bras-le-corps. Il faut se focaliser sur l’émotion, spontanée et pleine. Et oublier les pensées parasites ». Autre enjeu, le personnage évolue, forcément : « Mika vit une vraie initiation. Elle est confrontée à la dureté de la vie, qui n’est pas aussi belle qu’elle le croyait. Je pense que le choix d’une comédienne adulte trouve son sens ici aussi : il faut être solide pour jouer cette transformation, comprendre les ruptures internes du personnage ». Comme dans n’importe quel rôle, finalement ? « Oui, argumente Itsik Elbaz. On dit toujours des rôles démonstratifs, comme celui d’un handicapé ou d’un enfant, que ce sont des rôles à Oscar. Je pense que, dans tous les cas, il faut éviter l’imitation, la composition. Et trouver un contact entre soi et le personnage, sans doute plus fort que dans un autre rôle, puisqu’on en est ici plus éloigné. »

« La robe de Gulnara », du 11 au 29 septembre aux Riches-Claires, Bruxelles.

« La vie devant soi », du 18 au 22 septembre au Théâtre de Namur.

Osez la rencontre !