Hier, il y avait la rédaction du « Soir », demain, il y aura le plus grand hôtel de Bruxelles
Les plus fidèles de nos lecteurs auront tout de suite localisé les anciens bureaux du Soir (il y a cinq ans, celui-ci a déménagé deux bâtiments plus loin). Il est bien loin le temps où l’on pouvait en apercevoir les rotatives depuis le trottoir. Côté jardin, rue de Ligne, les grands volets du service expédition ont, eux aussi, frappé les esprits de nombreux Belges, mais ils appartiennent à un passé désormais révolu.
Dans l’énorme trou béant que l’on peut aujourd’hui apercevoir a pris place un vaste chantier qui aboutira à l’apparition d’un Motel One de 15.000 m2. Celui-ci comprendra 490 chambres (qui en feront le plus grand hôtel de la capitale), un commerce et un parking public de 199 places. Un jardin intérieur viendra parachever le travail dont la réalisation a été confiée au promoteur Besix Red (la branche immobilière de Besix).
Au départ, la volonté du constructeur belge était de bâtir des bureaux. La crise a reporté ses ambitions sur… l’hôtellerie, un domaine qui nage en pleine euphorie à Bruxelles.
La particularité du Motel One ? Il s’agit d’un « budget design hotel », entendez par là un hôtel décoré avec goût grâce à des matériaux de qualité mais dans lequel il sera possible de loger pour… 69 euros maximum. Imbattable à Bruxelles !
Situé à un jet de pierre du Botanique, du Parc royal et, bien sûr, de la Grand-Place, le nouveau Motel One permettra au groupe allemand d’atteindre la barre des 60 hôtels à travers le monde (pour 15.000 chambres). Il s’agira du premier Motel One dans le Benelux (Amsterdam va suivre).
« L’hôtel comprendra deux entrées, l’une rue Royale et l’autre rue de Ligne avec une liaison intérieure entre les deux, expose Philippe Verdussen, le patron du bureau Archi 2000 qui a dessiné les plans (comme ceux de la nouvelle rédaction du Soir). Le bâtiment s’inscrit dans une grammaire architecturale propre à la rue Royale. »
Détail amusant : la présence entre le nouveau Soir et le futur Motel One… d’une maison abritant un marchand de tapis d’Orient (« Samois »), sorte d’irréductible Gaulois qui aura résisté jusqu’au bout aux charmes (parfois destructeurs) de la promotion immobilière. « Ce sera un clin d’œil dans le paysage bruxellois, sourit à ce sujet Philippe Verdussen. Les Motel One sont des hôtels qui connaissent un taux de remplissage de près de 98 % en Allemagne. Nul doute qu’il sera fort prisé tant par les hommes d’affaires que par les touristes car sa situation sera réellement exceptionnelle. »
L’architecte qualifie le chantier d’« amusant ». « Pour l’instant, nous n’en sommes qu’aux fondations, mais je serai curieux de voir comment les ouvriers s’y prendront quand arriveront les 490 salles de bains préfabriquées. Pour l’avoir visité en Allemagne, le produit est vraiment très qualitatif. »
Parmi les travaux déjà effectués, celui de la démolition ne fut pas une mince affaire (il a fallu descendre de quatre niveaux sous terre), et pas uniquement parce qu’ils provoquèrent un pincement au cœur de beaucoup de « vieux » journalistes du Soir qui virent, jour après jour, morceau après morceau, un pan important de leur vie professionnelle partir en poussière.
Seul le petit-déjeuner sera possible au Motel One qui ne disposera ni de restaurant ni de salle de conférences. Par contre, son lobby multifonctions, le « One Lounge », permettra d’animer la façade côté rue Royale.
Attendez un peu avant de prévenir les copains résidant à l’étranger. Le Motel One n’ouvrira ses portes que dans vingt mois.
bruxelles applaudit
L’arrivée future du Motel One bruxellois est vue d’un (très) bon œil par Philippe Close, l’échevin du tourisme et du personnel de la Ville de Bruxelles. « Il s’agit d’un deux étoiles et viendra donc compléter notre gamme d’hôtels dans la capitale, dit-il. Il prouve également que Bruxelles intéresse les développeurs et je m’en réjouis ! »
Pour l’échevin, pas de doute : l’hôtel trouvera facilement ses clients. « Oui car les chambres seront extrêmement soignées, insiste-t-il. La seule variante provient du service qui sera moins développé. Le patron d’une société qui vient en voyage d’affaires à Bruxelles séjournera sans doute à l’Amigo mais son staff descendra au Motel One. Et les touristes ne manqueront pas non plus, vu le très bon emplacement de l’hôtel. Il sera près de tout. »
L’homme se félicite de l’importance croissante du tourisme dans la capitale de l’Europe. « Bruxelles avait jadis une réputation de ville ennuyante, nous avons “boosté” son image et l’on en récolte aujourd’hui les fruits. Il y a aujourd’hui 16.000 chambres à Bruxelles, 18.000 si l’on prend en compte la périphérie, pour 6 millions de nuitées en 2011 (NDLR : la croissance fut de 6,9 % par rapport à 2010). En 2006, on n’atteignait encore que la barre des 5 millions, c’est dire l’évolution. Nous ne devons évidemment pas nous comparer à Londres ou à Paris mais si l’on prend des villes comparables comme Vienne (25.000 chambres) ou Amsterdam (20.000) qui tournent toutes deux entre 10 et 12 millions de nuitées, nous ne sommes plus très loin. »
D’où cet objectif, annoncé, de 10 millions de nuitées d’ici à 2020. « Le tourisme est devenu le nouveau levier économique à Bruxelles, une ville qui est vue aujourd’hui comme le nouveau Berlin », conclut Philippe Close.


