Pourquoi regardez-vous cette image ?
D’autres images la montrent vêtue et perruquée de noir comme une inquiétante mégère ou fragilisée par un accident. Sans oublier quelques portraits plus classiques renvoyant aux photographies de stars hollywoodiennes ou à la peinture ancienne.
Le photographe s’appelle Leigh Ledare. La femme qu’il photographie a pour nom Tina Peterson. Mais dans toutes les légendes, Leigh Ledare ne lui donne qu’un seul nom : Mom. Tina Peterson est la mère de Leigh Ledare. Ou plus exactement, comme il l’écrit lui-même, sa maman.
Le choc provoqué par cette information est au cœur du travail très dérangeant de ce photographe hors norme. Quoi de plus tabou, en effet, que ce rapport à la mère qui depuis les tragédies antiques (ah ! Œdipe) n’a cessé de nourrir fantasmes et/ou névroses. Si Tina Peterson n’était pas la mère de Leigh Ledare, les photos les plus trash de celui-ci ne retiendraient guère l’attention. En nous livrant cette information, il transforme radicalement notre regard. Sur l’image que nous regardons, sur la femme que nous regardons, sur l’homme (le fils) qui la photographie… et sur les raisons qui nous amènent à regarder. Ou non. Impossible en effet de continuer à aborder ces images avec distance, une fois que l’on détient cette information.
En photographiant sa mère de cette façon, Ledare remet en question l’image de toutes les mères du monde. Que l’on puisse être mère, fille, amante, épouse, maîtresse et bien d’autres choses à la fois, chacun le sait implicitement. Par une loi non écrite (mais abondamment traitée dans les arts et la psychanalyse), on évite juste d’y penser lorsqu’il s’agit de notre génitrice. Leigh Ledare, lui, en a fait la matière première du travail qui l’a révélé. À moins qu’il ne soit lui-même le jouet de cette maman offrant son corps au regard de son fils et le forçant (nous forçant) à la considérer ainsi dans toutes ses dimensions.







