Christie’s disperse une collection d’art réaliste

Jean Vouet
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En 1988, Dirk Scheringa acquit un dessin du Hollandais Carel Willink. La légende contée dans l’introduction au catalogue de la vente ne dit pas si celui-ci datait de la grande période de cet artiste qui appartient à ce qu’il est convenu d’appeler le « réalisme magique », un avatar hollandais d’un certain surréalisme mâtiné de l’influence d’Edward Hopper et d’autres artistes du tournant des années 1925-1930 évoquant avec talent le mystère que peut engendrer la réalité du quotidien. Hélas, les visiteurs de la première heure de la TEFAF se souviennent sans doute d’un marchand spécialisé dans ces tableaux de mauvais goût qui n’étaient que des caricatures des chefs-d’œuvre de cette période unique, un souvenir que la présente vente ressuscite.

Appétit

Bref, après l’acquisition de ce dessin, M. Scheringa eut apparemment de l’appétit et il acheta sans compter, de sorte qu’il possédât suffisamment d’œuvres que pour « mériter leur exposition au public ». Je laisserai bien entendu la responsabilité de ces propos à l’auteur de la notice du catalogue de Christie’s et c’est donc dans la Lidwina School for Girls que s’ouvrit en 1997 l’aussi peu célèbre Frisia Museum of Magic Realism.

Je passe bien évidemment sur le reste du panégyrique de la collection, non sans signaler que Christie’s ne s’est vu confier qu’une partie de l’ensemble puisque la collection des œuvres hollandaise a été acquise par le « businessman and philanthropist Hans Melchers » qui, lui aussi, va créer un musée pour l’exposer. Décidément, rien ne se perd, rien ne se crée… sauf pour Christie’s qui proposera des œuvres bien plus importantes lors de ventes internationales ultérieures. Les profits futurs valaient donc peut-être le pari de vendre le noyau de la collection. Verdict le 18 septembre !

Tous azimuts

Une chose est sûre : la voracité du collectionneur est confondante d’amateurisme. Le mauvais goût, le kitsch côtoie des artistes importants, mais l’on a l’impression qu’il s’agit d’un hasard, car ceux-ci sont l’exception et les artistes mineurs, voire franchement sans intérêt, sont légion. Il n’y a donc pas grand-chose à convoiter. Pourquoi y consacrer une chronique dès lors ? Simplement pour rappeler que le marché de l’art est, plus qu’une question d’art, une question de marché.

Osez la rencontre !