« Sehnsucht » à Gaasbeek ou l’insatiable désir de l’art
Plus qu’un mot, c’est un concept qui apparaît comme le sujet principal de cette exposition qui s’est ouverte vendredi passé. Un concept aussi romantique que le château de Gaasbeek ! C’est l’expression, difficile à traduire, d’un désir maladif. Celui qui fait languir. Directement plongé dans cette atmosphère du romantisme allemand, on croirait entendre les vers de Goethe – « Connais-tu le pays où fleurissent les citronniers ? »
Dès le début il y a un appel à un ailleurs, à une autre réalité. La couleur bleue, par exemple, recouvre toutes les vitres du château ; une allusion à la musique blues pour certains ; pour d’autres la symbolique du rêve, de l’évasion. Le bleu et ses variantes donnent aussi la tonalité centrale du portrait en trompe-l’œil Xteriors IV de Désirée Dolron.
Une première œuvre et déjà un coup de cœur du commissaire Oscar van den Boogaard et du directeur de Gaasbeek, Luc Vanackere, à qui l’on doit un parcours scénographié entre réflexion et simple flânerie. Symbolisme provocateur pour la barrière Nadar en or 24 carats du Gallois Cerith Wyn Evans ; ridicule pour la Citroën XM de Barbara Visser, circulant en vidéo sur un fond sonore grandiloquent. « Le désir ne s’arrête-t-il pas au moment où l’on obtient ce que l’on désire ? », commente Luc Vanackere. Autre thème récurrent, l’adolescence, âge des passions. Les peintures du couple Markus Muntean et Adi Rosenblum campent des adolescents désabusés sans trop savoir pourquoi. Une image qui appelle à la fois une réalité tragique, bien connue chez les jeunes, et en même temps comique de l’extérieur.
Le groupe de rockeurs lituaniens, filmés par la vidéaste Deimantas Nerkevicius, est aux antipodes. Le contexte très glauque n’effleure même pas ces jeunes, happés par l’énergie de la création. Ceux du Danois Joachim Koester, par contre, subissent dans l’ennui la chevauchée pesante, commandée par Staline au compositeur Chostakovitch.
Élitiste Sehnsucht ? Son directeur s’en défend : « Nous voulons faire appel à l’intelligence rationnelle, mais aussi, et peut-être même plus, à l’intelligence émotionnelle du visiteur. »







