David recevant Bethsabée au rabais

Jean Vouet
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  • Estimée entre 300.000 et 500.000 livres, cette tapisserie flamande du début du XVIe siècle, produite dans un atelier bruxellois, a été vendue 325.250 livres. © D.R.
    Estimée entre 300.000 et 500.000 livres, cette tapisserie flamande du début du XVIe siècle, produite dans un atelier bruxellois, a été vendue 325.250 livres. © D.R.

Pour clôturer notre série de l’été consacrée aux belles enchères des ventes d’art décoratif d’exception qui ont eu lieu à Londres au début du mois de juillet, nous passons cette semaine chez Sotheby’s, dont la vente Treasures, Princely Taste n’a pas connu le même succès que l’Exceptional Sale de Christie’s.

Avec un chiffre d’affaires total de 9.507.800 livres sterling, Sotheby’s a fait dans ce domaine beaucoup moins bien que Christie’s, à qui cette vente avait rapporté quasiment le double, avec un peu plus de 18 millions de livres sterling.

Parmi les raisons de cette contre-performance, l’on peut invoquer, entre autres, la bien moindre qualité des objets proposés à la vente par Sotheby’s. Cependant, certains des trésors de Sotheby’s méritaient tout de même le détour, à l’instar de cette tapisserie flamande du début du XVIe siècle produite dans un atelier bruxellois. Estimée entre 300.000 et 500.000 livres sterling, elle fut finalement vendue pour 325.250 livres sterling, soit une somme bien inférieure à celle à laquelle pouvaient s’attendre ses anciens propriétaires, si l’on se rapporte aux estimations des experts de Sotheby’s. Cette tapisserie qui représente David recevant Bethsabée et le départ d’Urie avait pourtant quelques atouts pour séduire d’éventuels amateurs…

Jan van Roome

Mesurant environ 4 mètres sur 4, l’œuvre fut tissée en soie et laine aux alentours de 1515-1525. Cette datation s’appuie notamment sur l’absence de marques de tisserand ou de ville, rendues obligatoires à Bruxelles à partir de 1528. Caractéristique du style flamand en vogue au début du XVIe siècle à Bruxelles pour la tapisserie, celle-ci représente des scènes tirées de l’histoire de David, figurées sous la forme de groupes contemplatifs vêtus de grandes robes et d’accessoires raffinés.

Si son auteur n’est pas connu, tout au plus sait-on que le motif représenté suggère un travail réalisé d’après le peintre flamand Jan van Romme, dit Jean de Bruxelles. Artiste influent des vingt premières années du XVIe siècle, celui-ci fut notamment engagé en 1511 par l’archiduc Maximilien et l’archiduchesse Marguerite d’Autriche pour réaliser les patrons des figures des ducs et des duchesses de Brabant destinées à orner la cour du palais de Bruxelles.

Le fait que la conception de cette tapisserie ne puisse pas lui être donnée avec certitude, bien que le doute soit quasi nul, ne lui porte pour autant pas préjudice car elle présente heureusement de nombreuses autres qualités, que ce soit au niveau du tissage ou de sa composition.

L’histoire de David

Avec la Passion du Christ et l’histoire d’Esther, l’histoire de David figurait au début du XVIe siècle parmi les sujets les plus populaires et les plus représentés dans nos régions. Le roi David convenait bien en effet à l’esprit de la Renaissance, et ce par le côté mythique de son personnage, à la fois homme de loi et guerrier courageux, mais aussi du fait de son ascendance directe avec le Christ. Le roi David s’était épris de Bethsabée, la femme d’un de ses soldats, Urie. Lorsque celle-ci tomba enceinte, il s’arrangea pour que son mari meure au combat, au cours d’une mission vouée à l’échec. Quelque temps plus tard, après l’avoir épousée, Dieu lui fit payer cette habile manœuvre en vouant leur enfant à une mort prochaine. Le couple eut ensuite un second enfant, Salomon, qui succéda à son père sur le trône d’Israël.

Cette histoire, qui fut représentée occasionnellement à partir du XIVe siècle, se retrouva jusque dans la première moitié du XVIe siècle dans de nombreuses tapisseries produites à Bruxelles. Au Musée national de la Renaissance du château d’Ecouen en France se trouve d’ailleurs l’une des tapisseries les plus connues de cette époque, dont le sujet n’est autre que David et Bethsabée et l’auteur Jan van Roome. Toutefois, la comparaison avec la tapisserie proposée par Sotheby’s s’arrête là, puisque celle d’Ecouen, avec ses 10 pièces, mesure près de 75 mètres de long! Une pièce exceptionnelle, mais qui, elle, en revanche ne risque pas d’être à vendre avant longtemps…

Osez la rencontre !