Ron Arad : « Je suis très paresseux »

Jean-claude Vantroyen
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Entretien

Ron Arad, c’est le Bookworm, mais c’est aussi la chaise Tom Vac, le récipient Babyboop, les couverts Pirouette. Et le Foyer de l’opéra de Tel Aviv, les courbes entrecroisées de la Médiacité de Liège ou les bandes de Möbius en acier Corten du Musée du design de Holon, en Israël, l’anneau d’acier de l’hôtel Duomo à Rimini. Ses bâtiments sont de gigantesques sculptures. Ses objets sont des œuvres d’art.

Il était à Bruxelles, mercredi. Pour lancer une exposition de design belge à l’Atomium. Jeans, veston, écharpe et chapeau qu’il a lui-même dessinés, Ron Arad est relax. Il se prête au jeu du photographe du Soir avec la plus parfaite des coolitudes. L’entretien fut dans le même ton, mi-sérieux, mi-sourire. L’homme manie l’humour et une certaine causticité avec un charme désarmant.

Qu’êtes-vous : designer, architecte, artiste ?

Un joueur de ping-pong, j’adore ça. Je fais de l’art, de l’architecture, du design. Sans problème pour moi : je n’ai pas besoin de passeport pour aller d’une discipline à l’autre. Mais le problème existe avec les journalistes et les curateurs, parce qu’ils sont spécialisés. Moi, je mixe tout, je ne veux pas choisir.

Qu’est-ce qui vous fait dessiner ?

Faire un bon projet. Réaliser quelque chose de neuf, qui est justifié, faire une œuvre d’art. Et surtout, être curieux. Je veux me surprendre le soir avec ce que j’ai fait le matin.

Quand vous dessinez une pièce de mobilier par exemple, vous pensez au confort, à la facilité, à la beauté ?

A tout parce qu’aucune de ces qualités n’est exclusive. Si vous faites une chaise pour un industriel, vous devez penser aux coûts de production, au transport, à l’emballage, au prix. Si vous faites pour vous, vous ne devez rien négocier, vous êtes libre. Et il y a beaucoup de similarités, de recoupements entre les deux.

Vous aimez les couleurs ?

On m’a souvent dit : pourquoi vous n’aimez pas les couleurs ? Mais j’aime les couleurs. Celles des matériaux bruts, du ciment, du bois, du métal. On n’a pas besoin de les recouvrir de peinture. Mais j’aime aussi les peintures. Ça dépend du projet.

Vous travaillez seul ?

Je travaille avec des collègues, de merveilleux jeunes gens. Je dessine, on discute. Je respecte leur avis. C’est un avantage.

Vous travaillez en musique ?

Non. Parce que je bouge tout le temps dans mon studio. Et surtout parce que, comme je suis curieux, je me demande toujours ce que j’entends.

D’où vous vient votre décontraction ?

Je ne sais pas. C’est la seule façon d’être que je connaisse. Je ne suis pas une personne très sérieuse. Et je ne me prends pas très au sérieux. Et je saute d’un truc à l’autre. Je suis très paresseux. Oui, j’ai créé tellement de choses parce que je suis paresseux, parce que je passe d’une chose à l’autre.

Osez la rencontre !