Une sacrée paire de faussaires

Catherine Makereel
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  • Guy Dermul et Pierre Sartenaer utilisent la figure apocryphe du dramaturge Willem Kroon pour raconter le siècle passé. Photo :  d.r.
    Guy Dermul et Pierre Sartenaer utilisent la figure apocryphe du dramaturge Willem Kroon pour raconter le siècle passé. Photo : d.r.

CRITIQUE

Comment faire du théâtre un sublime canular. Comment traverser le 20e siècle en un kaléidoscope ludique. C’est l’étonnante performance de Guy Dermul et Pierre Sartenaer dans « It’s my life and I do what I want », retraçant le destin mouvementé d’un dramaturge que la postérité n’a pas retenu : Willem Kroon. Né à Rotterdam, cet illustre inconnu aurait côtoyé les plus grands, participé à l’émergence du mouvement Arte Povera, peint des monochromes noirs à la place de Soulages, et découvert l’une des célèbres formules mathématiques attribuée à Gauss.

A en croire la pièce, le 20e siècle serait passé à côté d’un grand génie. Mythe ou réalité ? Peu importe que le personnage ait existé, les comédiens nous présentent un Willem Kroon de leur cru et on l’adore ! On aime surtout leur ironie puissante, au fil d’un exposé faussement académique.

Entre des extraits vidéo d’une pièce de Grotowski sur l’Holocauste, la lecture de lettres sarcastiques de Beckett, des bandes sons de la BBC jouant avec l’absurde et la syntaxe, le duo résume le théâtre avec un humour impitoyable. On retiendra notamment cette reprise d’une œuvre sur la guerre 14-18, censée durer deux heures, sans comédiens mais avec des rafales de balles de tennis et des hauts parleurs hurlant des insultes de chaque côté. Un spectacle où le public réalise l’absurdité de la situation en dix minutes. Dans la réalité, il a fallu quatre ans pour arrêter cette guerre.

Toute la pièce est de cet acabit, parsemée d’anecdotes glanées dans l’histoire européenne : la genèse de Hitler, l’annexion des Sudètes, les camps de concentration. Très érudit, bourré d’invention, avec un souci du détail qui tient du faussaire, It’s my life fait s’esclaffer la salle, se moquant avec brio de la prétention intellectuelle. Une réussite, pour ceux qui apprécient le jeu des références culturelles.

Jusqu’au 29/9 aux Tanneurs, à Bruxelles.

Osez la rencontre !