Charleroi investit dans le rire, ses finances pleurent ?

Didier Albin
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  • L’an dernier, malgré les répliques de Pirette, le festival « Rire sur la Ville » n’avait pas eu le succès escompté. © d .r.
    L’an dernier, malgré les répliques de Pirette, le festival « Rire sur la Ville » n’avait pas eu le succès escompté. © d .r.

Un festival du rire, voilà une idée pour nous mettre de bonne humeur ! Enfin, pour l’instant, le rire est plutôt crispé à Charleroi. En cause ? L’importance du risque financier que le collège communal est prêt à supporter pour accueillir « Rire sur la ville » dans sa deuxième version. L’an dernier, la société Filgoud proche de l’humoriste François Pirette et le groupe RTL en avaient essuyé les plâtres : leur organisation n’avait pas tenu ses promesses de succès. C’est ainsi qu’après deux soirées de gala programmées en novembre au RTL-Spiroudome, le projet de festival d’humour à ciel ouvert était tombé à l’eau. « François Pirette a eu le courage de revenir nous le proposer », estime Cyprien Devilers, administrateur délégué de la Régie communale autonome (RCA) à laquelle Charleroi a confié l’organisation.

Le problème, c’est que l’événement représente un risque financier. Il fallait le garantir. Suivi par l’unanimité des administrateurs de la RCA, c’est ce que le collège communal a décidé de faire : l’opération est couverte à concurrence d’un plafond de 100.000 euros, un « chèque en blanc » que Devilers se refuse à reconnaître « dans la mesure où les recettes d’entrées, mais aussi les produits de sponsoring et de subsides viendront en déduction. »

Pour cette opération, la grande salle (1.800 places) du Palais des Beaux-arts a aussi été réquisitionnée les 13 et 14 novembre. Sa billetterie gère les réservations. À deux mois de ces spectacles, le moins que l’on puisse dire est que ça démarre lentement. Selon nos informations, moins de cent entrées ont déjà été vendues, mais il est vrai que la fourchette de prix oscille entre 38 et 58 euros, ce qui n’est pas donné.

Est-ce le rôle de la Ville de soutenir une organisation privée ? Le manager de gestion Christophe Ernotte se refuse à répondre. Il botte en touche vers la majorité. Dans le contexte budgétaire que l’on sait, où des mesures d’économie touchent une série de secteurs dont celui de la Culture, un tel choix ne manque pas de souffler le chaud et le froid. « Faire prendre à la ville les risques que le privé ne veut pas assumer lui-même, ce n’est vraiment pas l’esprit de la convention que nous finalisons avec nos partenaires », plaide Cyprien Devilers. Il écarte toute menace de pertes importantes. Mais il persiste et signe : une ville de potentialités et d’opportunités comme celle de Charleroi doit aussi savoir prendre des risques.