Tous les chemins mènent à la Gare Centrale
C’est l’un des spectacles phares du répertoire d’Agnès Limbos, reine belge du théâtre d’objets, un art qu’elle façonne depuis presque trente ans. Elle qui a fréquenté les mêmes bancs d’école que Yolande Moreau, a tâté de tous les terrains, mais avec un même outil dans sa besace : l’autodérision. Elle a d’abord parcouru le monde, étudié le mouvement à Paris chez Jacques Lecoq, créé des spectacles de clown au Mexique, le tout entre quelques escales en Belgique chez Toone ou avec le Théâtre du Miroir (futurs Baladins). Elle a vu le monde, grandeur nature, pour petit à petit en venir à l’animer en miniature, sur une table. Comme dans Dégage petit ! Sur fond de rideau rouge et de drame familial (l’histoire est en somme celle du vilain petit canard), sa présence clownesque et ses doigts de fée transforment un abat-jour en jupon, un rouleau en chemin, un bocal en lac de montagne.
Depuis toujours, sa compagnie La Gare Centrale accumule les spectacles insolites. Le dernier – Conversations avec un jeune homme, découvert aux récentes Rencontres de Huy – ne déroge pas à la règle : baroque, délicieusement bizarre.
Son atelier à Rhode-Saint-Genèse témoigne de sa vie à collectionner les objets pour leur redonner une nouvelle vie scénique. Dans son grenier, rien n’est trop kitsch ni trop saugrenu pour trouver sa place sur les étagères. On y croise des maisons de poupées, une collection de vierges et de crucifix, des plumes, et beaucoup de jouets. Sur le mur d’en face, le registre est plus nature : des pieds de vignes, du lierre séché, des animaux empaillés.
Toujours accrochée à l’objet, Agnès s’éloigne, depuis quelque temps, de sa sacro-sainte table pour décloisonner son art. Elle travaille notamment avec Nicole Mossoux, introduisant la danse dans ses créations. Et surtout, elle transmet inlassablement sa passion. Elle qui a accueilli de jeunes artistes dans ses « squattages poétiques » peut s’enorgueillir d’avoir formé une relève passionnante. Aujourd’hui, sa soif de ponts vers d’autres artistes est mise à l’honneur au Théâtre de la Vie à travers le cycle Multivers. Pendant trois jours, l’artiste a eu carte blanche pour proposer petites formes, spectacles, conférences et ateliers. On y croisera notamment le Théâtre de Cuisine, maître du théâtre d’objets côté français. On flânera entre un entresort érotico-culinaire où le héros n’est pas spécialement charmant, et une histoire d’amour (légèrement cruelle) qui dure le temps d’un slow. Entre autres savoureuses divagations.







