Là, tout n’est qu’Ordre et Beauté…
Retour aux sources, au cœur de l’Asie Mineure, où, dans les années 1870 naissent les frères Kevorkian. Fuyant la Turquie, non sans emporter leur culture arménienne, Hagop s’installe à New York, où il constitue une importante collection d’archéologie orientale et d’art islamique dont certaines pièces sont aujourd’hui dans les prestigieux Metropolitan de New York ou la Freer Gallery de Wahington.
Dans le même temps, à Paris, Carnig ouvre sur le quai Malaquais (1923), l’unique galerie spécialisée en art islamique. Quarante ans plus tard, sa fille Anne-Marie prend le relais et, forte des liens de confiance qu’avait établis son père avec de grands collectionneurs tels Jean Pozzi ou Calouste Gulbekian, compte le Musée d’Art islamique du Qatar ou le Musée Barbier-Mueller parmi ses fidèles clients et devient expert auprès des commissaires-priseurs de l’Hôtel Drouot.
Troisième génération, c’est, en 2006, au tour de Corinne de rejoindre la galerie et d’organiser sa première participation à la Biennale des Antiquaires. Elle y sera la seule à présenter une sélection d’œuvres entièrement consacrée à l’archéologie orientale et à l’art islamique !
Si la collection familiale se trouve dans de grandes institutions américaines, européennes et même au Qatar ou au Koweit et si la galerie prête régulièrement des œuvres pour des expositions temporaires – épinglons la Fondation Boghossian à Bruxelles pour Un Rêve d’Eternité –, elle organise également ses propres expositions. Référence au rêve oriental de Baudelaire, Là, tout n’est qu’Ordre et Beauté illumine le stand de la Biennale tandis que Luxe, Calme et Volupté s’installe dans la galerie du quai Malaquais. Un double événement, comme pour mieux saluer l’ouverture cet automne du nouveau département d’Art islamique du Musée du Louvre.
« Ordre ? Il est représenté par l’épuration linéaire, l’élasticité rythmique et la rigueur géométrique de la graphie coufique ou encore par les décors en registres clairement agencés de certaines pièces en bronze ou en céramique de l’Iran islamique médiéval dont l’ordonnance symbolise parfois celui du monde, commente l’antiquaire. Beauté ? Celle de l’écriture, de la calligraphie, celle des marges florales d’une page d’album illustrée et calligraphiée, celle des formes composites d’objets de l’Iran préislamique, de déesses orientales antiques ou d’un bestiaire imaginaire. Luxe ? Des matières dans des objets somptuaires islamiques et indiens en métal, aux décors exubérants incrustés d’argent, de céramiques aux riches décors émaillés. »
« Calme ? Dans la force tranquille d’objets zoomorphes du Ier millénaire avant Jésus-Christ, ajoute-t-il, ou dans la sérénité de l’atmosphère qui baigne les miniatures dont les sujets, même quand ils parlent de souffrance, sont situés dans une nature idyllique et mettent en scène des acteurs à l’expression immuablement paisible. Volupté ? Elle est bien présente chez ces déesses orientales aux formes généreuses ou ces objets, pichets, pipes à eau ou aspersoirs à eau de rose… Autant de promesses de plaisirs terrestres. »


