Les femmes bijoux d’Antonio Lapone

Daniel Couvreur
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entretien

Enfant de Turin, des seventies, du décolleté de Kim Novak, de la radio de nuit de Wolfman Jack, des vinyles de Steely Dan, Antonio Lapone griffe des « Chrysler Girls » à l’acrylique sur toile, carrossées de bijoux en étain par Virginie Vertonghen. L’artiste a créé sept de ces tableaux inédits pour l’exposition-vente bruxelloise Sentiers nocturnes, à la Galerie Champaka. En bonus, une cinquantaine de dessins de style atome, où les filles habillées à l’encre de Chine et à l’écoline ont la taille des hôtesses de l’air Sabena, font battre les cœurs des collectionneurs.

Antonio et Virginie nous ont guidé dans cette exposition avec des tubes jazz-pop plein la tête. Chacune des œuvres a sa « playlist », du « Satin Soul » de Barry White à « What’s New Pussycat » de Tom Jones, des « Flamenco Sketches » de Miles Davis à « Maxine » de Donald Fagen…

D’où vous est venue cette idée de mettre de vrais bijoux aux oreilles, au cou, au pied ou au poignet des filles de papier ?

Antonio : Virginie avait remarqué les bijoux très particuliers portés par les femmes dans mes images. Elle sculptait des figurines et des bijoux en étain, inspirés par des auteurs de bande dessinée comme Ana Mirallès (Djinn) ou Béatrice Tillier (Le Bois des Vierges). On s’est dit pourquoi ne pas essayer de créer de vrais bijoux pour les personnages de mes tableaux. On a imaginé une petite série de toiles dans cet esprit avec des colliers, des boucles d’oreille, des broches… Nous avons tout réalisé artisanalement, jusqu’au catalogue pour lequel j’ai créé quatre planches de bande dessinée à lire en écoutant « Nightfly » de Donald Fagen…

Virginie : J’ai fait les matrices originales à partir des dessins d’Antonio, puis j’ai coulé le métal avec trois paires de gants. La recette est pure : 98 % d’étain et 2 % d’antimoine. Ça va rester bling-bling pendant dix ans ! L’étain est capricieux, sensible. Il faut souvent recommencer les pièces avant d’arriver au bijou parfait. Je travaille les détails avec des outils de dentisterie.

Vos créations sont aussi musicales. Vous trouvez l’inspiration dans les vinyles et à l’écoute des radios de nuit ?

Antonio : J’en ai fait le thème de l’exposition. Avec la musique, j’entends des voix qui viennent du désert comme Wolfman Jack dans le film American Graffiti. J’ai une fascination pour la radio. En Italie, j’étais accro à l’émission Sentiere Noturni de Radio Capital, l’équivalent de votre Classic 21. Nous avons notre Marc Ysaye italien, Sergio Mancinelli, qui passe des morceaux longs comme « Cinema Show » de Genesis ou « Caravan » d’Art Blakey. Mes femmes prennent place dans cet univers suspendu dans le temps, carrossées comme des Chrysler 300 de 1955 !

Sentiers nocturnes, jusqu’au 29 septembre, mercredi à samedi 11 h à 18 h 30, dimanche 10 h 30 à 13 h 30, Galerie Champaka, 27 rue Ernest Allard, 1000 Bruxelles. www.galeriechampaka.com

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