Tournai commence à avoir peur
Le quai est sombre par endroits mais il est bordé d’habitations où les fenêtres sont ouvertes pour profiter de la fraîcheur de la soirée. Au loin, on peut entendre le bourdonnement rassurant des badauds qui boivent et discutent sur les terrasses des cafés. Pourtant, c’est là, sur un trottoir du quai, entre les voitures et les pas-de-porte, que cette dame se fera violer par trois hommes, toujours recherchés aujourd’hui. Un crime qui a bousculé les Tournaisiens comme le meurtre de Julien Martens, tué d’un coup de couteau sur la Grand-place de Tournai en janvier 2009. Sur Facebook, les commentaires vont bon train. « Vraiment, ça devient grave à Tournai, on n’est plus en sécurité », confie une jeune fille. « Déjà que je n’étais plus à l’aise de sortir seule, maintenant, je vais m’abstenir ! », lance une autre.
Des commentaires qui se rapprochent de ceux entendus ce mardi soir au cours de la marche contre l’insécurité organisée à l’initiative de la meilleure amie de la victime violée. « Je sais que ça tombe mal en pleine campagne électorale mais il est temps de faire bouger les choses à Tournai », explique Sylvie Grulois. Outre une présence policière plus importante, des caméras de surveillance et une amélioration de l’éclairage, le collectif contre l’insécurité veut aussi conscientiser. « Des gens ont probablement entendu des cris ou ont vu des choses et ne sont pas intervenus par peur ou par indifférence. Cela, ce n’est pas normal non plus. »
De l’avis de tous les participants à la marche – un peu plus de 200 personnes –, Tournai n’est plus la ville tranquille et sûre qu’elle a toujours été. « Je suis commerçante depuis 25 ans et je note une nette dégradation ces trois dernières années, confie Carine Sarot qui tient un café dans le quartier Saint-Pierre. Pour un rien, les gens reçoivent un coup de poing ou de couteau. Le soir, je n’ose plus rester seule dans mon café. Quand je ferme, je retiens un client “en otage” jusqu’à ce que mon mari arrive. » La tenancière était aussi à l’origine d’une pétition contre l’insécurité. « Tous ceux qui signaient avaient soit été victimes d’une agression soit connaissaient un proche qui l’avait été. C’est effrayant. »
Des statistiques qui sont difficilement objectivables. Quoique, dans une récente enquête publiée dans Le Soir, nous relevions que Tournai était la commune hainuyère où le taux de criminalité avait doublé en dix ans. Le commissaire divisionnaire Philippe Hooreman refuse de dramatiser la situation, mais il a lui-même dénoncé le manque d’effectifs policiers au sein de la zone très étendue du Tournaisis.
Plus que jamais, la sécurité est un enjeu politique à Tournai. Il y a encore quelques années, personne n’y aurait même songé.







