La déchirante beauté d’une lamentation dansée

Jean-marie Wynants
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  • Sur le « Bang Bang » de Nancy Sinatra, Gabriella Iacono livre une formidable séquence en apesanteur. © julian hills
    Sur le « Bang Bang » de Nancy Sinatra, Gabriella Iacono livre une formidable séquence en apesanteur. © julian hills

Gabriella, c’est une Rolls Royce de la danse, affirme d’emblée la chorégraphe Michèle Anne De Mey. Elle travaille avec moi depuis plusieurs années et j’ai voulu créer un solo rien que pour elle. »

Créé en fin de saison dernière, le spectacle n’a été joué que deux fois en raison d’une blessure de la danseuse. Elle y revient aujourd’hui aux Ecuries de Charleroi. Ensuite, le spectacle est déjà programmé au Vietnam, au Portugal et à Arras. « Plusieurs programmateurs avaient vu une étape de travail au festival Objectif Danse à la Raffinerie. Et puis on bénéficie du formidable succès de Kiss and Cry. »

Cette production mêlant danse et cinéma sous la houlette de la chorégraphe et de son compagnon Jaco Van Dormael connaît en effet une carrière exceptionnelle. « Nous tournons dans le monde entier et chaque représentation engendre de nouvelles dates. On a dû prendre un agent pour le continent américain pour répondre à la demande. Du coup, Lamento en bénéficie. »

Ce solo est pourtant bien différent. Dans une pénombre évoquant le clair-obscur de la peinture, Gabriella Iacono explore le thème éternel de l’abandon par l’être aimé.

« Pour la première partie, j’ai littéralement chorégraphié le texte du Lamento de Monteverdi. C’est la raison pour laquelle le public reçoit à l’entrée le texte de ce Lamento. Il a ainsi le temps de le lire et de le relier aux gestes de Gabriella. Ensuite je le décline à travers différents lamentos classiques mais aussi des chansons populaires. On parcourt ainsi une sorte de chemin sur les traces du deuil et de la séparation. C’est très dansé et très tragique. Une tragédie contemporaine. »

Seule en scène, Gabriella Iacono est fascinante de bout en bout. Le moindre de ses gestes épouse la douleur poignante du Lamento de Monteverdi. Mais c’est ensuite que son art se déploie véritablement dans une série de déclinaisons où quelques moments lumineux viennent contrebalancer le tragique de l’ensemble jusqu’à la séquence au sol époustouflante et déchirante sur le Bang Bang de Nancy Sinatra. Tragique, forcément tragique.

Du 20 au 22 septembre aux Ecuries de Charleroi, www.charleroi-danses.be.

Osez la rencontre !