Angel Vergara voit les stars en peinture
Après le succès de son remarquable Feuilleton à la biennale de Venise (lire ci-contre), de nombreuses portes se sont ouvertes pour l’artiste. Notamment celle de la galerie Almine Rech qui lui consacre actuellement l’ensemble de ses espaces. Si l’installation vidéo de Feuilleton y trouve sa place, la grande salle centrale est entièrement consacrée à une nouvelle série mêlant vidéo et peinture sous le titre And Yes I Said Yes I Will Yes.
Les amateurs de James Joyce auront reconnu là les derniers mots de son Odyssée. « C’est mon inspiration première pour ce projet, explique l’artiste, mais le visiteur n’a nul besoin d’avoir lu Joyce pour y entrer. J’ai conçu une sorte de casting fictif pour un tournage de cet Odyssée en cherchant qui, parmi les stars, pourrait incarner les différents personnages de Joyce. »
Outre les personnalités déjà citées, on croise ainsi Alain Delon, Jeanne Moreau, Lady Gaga et pas mal d’autres. Tous sont réunis dans un montage d’une quinzaine de minutes d’extraits d’interviews, de documentaires, etc. Les collisions ainsi provoquées entre ces fortes personnalités sont déjà un régal. Mais l’artiste y ajoute ses touches de peinture que le pinceau dépose sur les images mouvantes laissant la trace d’une bouche, d’un regard, d’un geste ou propulsant sur l’écran une multitude de taches et de signes qui remplacent les mots. Dans le même temps, un subtil montage sonore, combiné à un jeu d’éclairage, vient ajouter de nouvelles couches d’information sur l’ensemble. La seconde partie du travail est tout aussi fascinante. Sur de grandes toiles, Angel Vergara imprime des images en noir et blanc extraites des films utilisés pour son montage. Chacun des personnages est dédoublé donnant naissance à un corps qui s’efface tout en développant des proportions déroutantes. Par-dessus la partie imprimée, il ajoute une nouvelle fois traits, signes, taches, coulures de peinture… On peut rester sans fin devant chacune de ses toiles tant elles contiennent d’informations, de questions, de surprises se dévoilant petit à petit. Car comme toujours chez Vergara, le temps est au coeur du processus. Y compris celui que le spectateur est prêt à lui consacrer.


