« Ce n’est pas évident d’aborder les relations Orient-Occident »

Dominique Legrand
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A Bruxelles, les Musées royaux d’Art et d’Histoire inauguraient en 2008 un nouvel espace dédié aux arts de l’Islam. Anne-Françoise Martin, responsable du Service éducatif, dresse le bilan des médiations.

L’intention est de saisir la culture arabe et de conquérir de nouveaux publics. Objectif atteint ?

Nous avons créé des outils de médiation aux côtés de la conservatrice Mieke Van Raemdonck. “Regards sur le monde musulman”, un cahier pédagogique illustré par des œuvres de la section, vise le monde de l’enseignement. La salle comprend un matériel didactique : reconstitution de vêtements, borne interactive présentant les routes commerciales et l’importance des échanges pour la diffusion des connaissances, ligne du temps interactive, valise didactique. Tout cela va de soi. Dès le départ, nous avions la volonté de créer un partenariat avec le monde associatif, les groupes d’alphabétisation.

Cela se passe comment ?

Une partie fondamentale du travail consiste à nommer les objets. Les adultes, surtout les femmes, s’expriment face à des objets qu’ils n’ont plus vus depuis leur enfance. Leurs enfants sont très fiers de découvrir le legs que l’Occident doit au monde arabe : les chiffres, le café, le sofa, les épices etc. Nous travaillons dans l’événementiel comme la Museum Night Fever, en accueillant un violoniste iranien, demandeur d’asile. Les parcours destinés aux familles constituent l’image de marque. Grâce au Prix des Musées, nous avons produit “Le Courrier de l’Orient”, un livret de cartes postales dessinées par l’illustratrice bruxelloise Judith Vanistendael : Momo dialogue avec son grand-père resté au pays.

Quelles sont les lacunes ?

Cette salle a un côté très éthéré lié à la volonté scientifique et au choix des matériaux. Il manque ce qui fait que le monde musulman est ce qu’il est : le souk, les odeurs, la musique, les bruits. Il faut que le public s’approprie les objets de la collection, en laissant venir une émotion.

Le Printemps arabe, l’actualité, font-ils partie des questions rencontrées ?

Pas du tout. Je déplore d’ailleurs l’absence de groupes scolaires. Ce n’est pas évident d’aborder le multiculturalisme, les relations Orient-Occident. A part les ateliers de vacances qui fonctionnent bien avec des enfants issus de classes sociales aisées, j’ai peut-être reçu dix groupes scolaires ! Je crois qu’il y a encore un tabou : les enseignants craignent d’aborder ce genre de salles. Ils ont tout le mal du monde à venir au musée en général !

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Osez la rencontre !