Quand la richesse se mesure en arbres

Eric Burgraff
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  • Bien entretenue par le DNF, une forêt peut rapporter jusqu’au quart des revenus annuels d’une commune. © Sylvain Piraux.
    Bien entretenue par le DNF, une forêt peut rapporter jusqu’au quart des revenus annuels d’une commune. © Sylvain Piraux.

Environ 50 millions d’euros ! C’est le pactole que se partagent chaque année les communes wallonnes en vendant à l’industrie les produits de leur forêt. Le gâteau n’est évidemment pas réparti équitablement entre toutes puisque la taille de chaque part est liée à la surface occupée par la forêt.

On ne s’étonnera pas dès lors de constater que les vertes communes luxembourgeoises engrangent à elles seules près des deux tiers de ces recettes. Loin derrière, la province de Namur affiche une dizaine de millions d’euros, Liège environ cinq millions et le Hainaut un peu plus d’un million. Le Brabant wallon ramasse les miettes avec quelques dizaines de milliers d’euros seulement. Tout ceci ne comprend pas les revenus de location de chasse (environ 10 millions d’euros pour la forêt publique wallonne).

L’arbre cache cependant de vraies disparités locales, lesquelles permettent au sein d’un même territoire, de classer les communes en fonction de la hauteur de leur patrimoine forestier. Ainsi, en Luxembourg par exemple, il y a les communes dites « riches » dont le territoire est couvert d’au moins 50 % de forêts et les communes dites « pauvres » qui ne comptent que prés et pâturages. Jusqu’il y a peu, les « riches » pouvaient de surcroît se permettre d’alléger la pression fiscale sur leurs citoyens (Libramont et Libin ont longtemps été championnes du genre) mais depuis que la Wallonie impose d’appliquer le coût vérité sur les services et un seuil minium de taxation pour bénéficier de ses largesses, le phénomène s’est lissé.

N’empêche, Libin, avec ses 6.000 hectares de forêt, peut s’offrir des rentrées records. « Nous engrangeons en moyenne deux millions d’euros de recettes forestières par an. En 2011, une très bonne année, nous avons culminé à 2,2 millions d’euros », dit la bourgmestre MR Anne Laffut.

Tout à côté, Libramont vend généralement ces dernières années pour 1,7 million, soit 18 % de ses recettes. À Rendeux, on vend pour 600.000 euros, à Bertrix pour 1,5 million… À Nassogne, le chiffre d’affaires s’élève à 945.000 euros, soit 13,5 % des revenus. À noter que dans cette commune giboyeuse, les locations de chasse rapportent à elles seules 310.000 euros. À relever aussi : l’état de l’économie, la forme des spéculateurs et les conditions climatiques peuvent faire chuter très vite le prix du bois.

Propriété communale

mais gestion wallonne

« Mais tout n’est pas bénéfice. L’entretien, le fonctionnement et les investissements réguliers coûtent environ 500.000 euros par an à la commune », complète Anne Laffut. Ceci, sans compter la surveillance et la gestion sylvicole offerte aux communes par le DNF (département Nature et forêt) de la Région wallonne. Il faut savoir en effet que toutes les forêts appartenant à des pouvoirs publics ou assimilés (commune, CPAS, fabrique d’église…) sont « soumises au régime forestier ». En d’autres termes, la Région a le « droit de vie ou de mort » sur chaque arbre planté, ceci en fonction de plans de gestion drastiques dont le but est de préserver voire d’augmenter le patrimoine forestier. Autrement dit, un bourgmestre prodigue n’a absolument pas le droit de couper sa forêt pour financer ses projets les plus fous.

« Il y a quelques décennies, il existait encore une marge de manœuvre en la matière, raconte Marc Lejeune, receveur communal à Libramont. « En Ardenne, l’année qui précède les élections, un collège échevinal essayait toujours de négocier avec le DNF pour qu’il mette un peu plus de bois en vente et permettre ainsi le financement des projets électoralement porteurs. Tout cela est terminé, les plans de gestion mis en œuvre par la Région ne permettent plus de marge de manœuvre, et c’est très bien ainsi. »

Il n’empêche, il est encore de bon ton de préserver des relations cordiales entre le pouvoir local et le gestionnaire wallon. Dans les communes rurales où l’on ne dépense guère d’argent dans les restaurants, le repas offert aux agents du DNF pour clôturer l’année fait figure de tradition ancestrale. Parce qu’il est normal de remercier ceux qui, du 1er janvier au 31 décembre, veillent sur le coffre-fort local. Fût-il vert.

Osez la rencontre !