Triple virée hallucinatoire à Namur
Fou ! Pas de superintendant ni de coordinateur général pour ce trio d’expositions axées sur le thème de la « pulsion », un terme dont les frontières battant pavillon entre normalité et folie ont varié au cours des siècles. A Namur, la nef des fous est barrée par trois capitaines, le Musée des Arts anciens, le Musée Félicien Rops et la Maison de la Culture. Chacun rame dans son sens, se piquant du grelot. Le résultat est probant, bien qu’inégal.
Comme on est toujours le fou d’un autre, conférences, spectacles de danse, théâtre, films, visites commentées épaulent le volet principal consacré aux arts plastiques, entre art et déraison. Les expositions auscultent les « Pulsion(s) » : une poussée, nous dit Freud, entre le psychique et le somatique. Son but ? La satisfaction. Va pour la virée hallucinatoire avec l’art pour guide.
Champion hors catégorie de cet état paradoxal, le Musée Félicien Rops interroge la pulsion hystérique qui connut son heure de gloire aux alentours de 1900 sous la lorgnette de plusieurs médecins. Pour Charcot, le corps est un langage. De fil en aiguille, les écrivains et les artistes intègrent ces observations psychiatriques à leur propre réflexion sur l’art. Entre art et science, l’exposition fonctionne parfaitement.
Gestuelle du déséquilibre
« Le terme hystérie vient du grec hysteria qui signifie utérus. Depuis les auteurs hippocratiques, on croyait que l’utérus pouvait monter jusqu’au cerveau et créer des suffocations, rappelle Céline Eidenbenz, chercheuse à l’Université de Lausanne où elle a orienté sa thèse sur l’arc, le syndrome de l’hystérie chez les femmes au XIXe siècle. La maladie est nommée et en même temps liée au sexe. C’est au niveau du corps en position de cambrure dorsale que s’effectue le renversement. Cette période de contorsions, de grands mouvements, du clownisme est étudiée par Charcot et illustrée par Paul Richer. L’arc d’hystérie va contaminer les artistes, Rops lui-même, Alfred Kubin, mais aussi Egon Schiele ou Auguste Rodin, deux artistes qui se sont intéressés aux recherches de Charcot : femme et diable sont les deux visages d’une même personne. Quand on évoque l’hystérie, il s’agit principalement de souffrance, de colère, comme le montre le Bâillement hystérique dans la série d’Albert Londe. »
Convulsion, souffrance, désir, tous les ingrédients sont réunis pour influencer les artistes, qui comme le corps médical, n’hésitent pas à se jeter sur ces corps de femmes en folie… Jane Avril, Sarah Bernhardt, Edvard Munch, Spilliaert dans cet Autoportrait où le peintre cherche ce qui se cache derrière le masque sont « les grandes vedettes de l’hystérie ». Mais pourquoi ne pas parler d’hystérie au masculin ? Céline Eidenbenz répond en souriant : « Pour les médecins, c’était bien plus excitant de se pencher sur l’hystérie féminine et tous ces corps qui se dénudent ! »
« Pulsion(s). Art et déraison », Namur, jusqu’au 6 janvier 2013. Programme complet des expositions et activités sur le site www.pulsions.be.







