Dans l’ombre surnaturelle du peintre masqué
Harry Dickson a échappé à une mort terrible à 178 reprises, entre 1929 et 1938, sous la plume d’un auteur inconnu et des touches de la machine à écrire du maître belge du fantastique, Jean Ray. Amateur de tripots clandestins, de femmes à quatre faces et d’idoles chinoises, l’illustrateur français Jean-Michel Nicollet a posé sa griffe noire sur les couvertures des 21 intégrales du détective Harry Dickson, avant de s’inspirer de ses enquêtes pour brosser de mystérieux tableaux photographiques, exposés à Bruxelles, chez Petits Papiers.
Dans son ombre a surgi un peintre masqué. Son nom, assure-t-il, ne dirait rien à personne. L’artiste s’est glissé comme un contrebandier dans la galerie. Dans un étrange face-à-face artistique, ses œuvres hallucinées livrent des indices sur les créations ténébreuses de Jean-Michel Nicollet. Pipes, fantômes, robots et femmes nues se bousculent sur les murs…
« Moi-même, je ne montre jamais mes peintures, nous avoue Jean-Michel Nicollet. C’est le peintre mystère qui m’a poussé à le faire et sans son apparition, je n’aurais pas accepté cette aventure à Bruxelles. Je considère la peinture comme une forme de libération, une manière de m’évader de l’illustration, des travaux de commandes. Mes peintres préférés sont Francis Bacon et Egon Schiele mais je n’essaie pas de me mesurer à eux. Cette exposition me permet simplement d’afficher ma double personnalité. Jadis, j’ai beaucoup travaillé pour Lui, Playboy, Cosmopolitan, 20 ans ou Métal Hurlant. Ici, je me démasque en quelque sorte, au contraire du peintre masqué ! Dans cet esprit, la thématique énigmatique du polar est intéressante. Le peintre masqué a, de son côté, choisi de disparaître sans que l’on se soit concertés. »
L’œuvre la plus surnaturelle de Jean-Michel Nicollet s’intitule Apparitions. Elle se décompose en 32 petits tableaux torturés dont la fantasmagorie file le grand frisson. « J’ai peint ces toiles sans savoir que j’allais en faire 32 et puis j’ai eu l’idée de les exposer comme une fresque. Ce serait formidable si quelqu’un achetait tout l’ensemble comme pour en garder le mystère entier. »
Ceux qui veulent échapper à ces diableries courront se réfugier dans la crypte de la galerie, où l’artiste belge Denis Deprez, auteur des romans graphiques Othello, Frankenstein ou Moby Dick, présente des images apaisées aux couleurs épurées, traversées de fantômes humains. Ces paysages du temps qui passe ont la mélancolie impressionniste des tableaux d’Edward Hopper.
Denis Deprez a la passion de l’exploration des formes insoupçonnées et des couleurs. Sa palette joue du classicisme comme de l’expérimentation totale. Sous les voûtes de briques des caves de la galerie, dans une atmosphère propice au surnaturel, les toiles semblent peuplées d’ectoplasmes des romans de Jean Ray.







