L’exquise collection d’un amateur d’art
Alors que l’on assiste aujourd’hui au développement de collections à but purement spéculatif, il est devenu de plus en plus rare de croiser encore de véritables collectionneurs, animés par une passion pour les belles choses, dans la lignée des possesseurs de cabinets de curiosités d’autrefois. Fait encore plus exceptionnel, la mise en vente de la collection complète d’un amateur de ce genre ! C’est précisément ce à quoi la maison de ventes aux enchères Christie’s procédera les 3 et 4 octobre prochains à Paris, lors d’une vente intitulée sobrement « Collection d’un amateur ». Lorsque l’on en feuillette le catalogue, il est difficile de ne pas être impressionné, d’une part par la grande qualité des lots proposés et, d’autre part, par le goût exquis qui a dû présider à leur longue et patiente réunion. Petit tour du propriétaire avec une sélection éclectique de quelques-uns de ses trésors.
Machault-d’Arnouville
Autrefois la propriété de Jean-Baptiste de Machault (1701-1794), comte d’Arnouville et l’un des plus grands collectionneurs de mobilier et d’objets d’art du XVIIIe siècle, cette paire d’armoires d’époque Régence portent la marque d’estampille de Brice Péridiez, maître ébéniste à Paris. Estimées entre 400 et 600.000 euros, celles-ci devraient très bien se vendre, compte tenu de leur provenance prestigieuse et de leur aspect étonnant. Leur ancien propriétaire et commanditaire connut un destin hors du commun : entré comme conseiller au Parlement de Paris à l’âge de vingt ans, il devint par la suite ministre de Louis XV pour finir emprisonné durant la Révolution aux Madelonnettes à Paris, où il décéda en 1794, à l’âge canonique de 93 ans ! En décembre 2006, Christie’s avait déjà procédé à la vente d’une armoire quasiment identique, adjugée pour la jolie somme 224.800 euros. Avec leurs décors de chinoiseries sur panneaux de laque, cette paire d’armoires promet d’être l’un des objets à suivre de près dans la soirée du mercredi 3 octobre.
Cristal de roche
Objet de collection par excellence, le cristal de roche fascine depuis longtemps ce que le monde possède d’amateurs de curiosités, à l’instar de Louis XIV ou encore du cardinal Richelieu. Œuvre probable de Ferdinand-Eusebio Miseroni, lapidaire officiel de la cour impériale à Prague et héritier d’une dynastie d’artisans de renommée internationale, ce pot couvert en or et cristal de roche fut réalisé aux alentours de 1681-1684. Représentant une vue de la forteresse de Hohensalzburg, en Autriche, celui-ci s’accompagne d’une monture un peu plus tardive (1726), réalisée par l’orfèvre Jean Gaillard II. Du travail de ces deux artistes de renom est né un objet d’une qualité exceptionnelle, dont on ignore malheureusement qui en fut l’heureux commanditaire. Avec de telles qualités, il est fort à parier que celui-ci ne peinera pas trop à trouver un nouveau propriétaire…
Preuve que ce collectionneur anonyme savait rechercher le Beau dans bien des domaines, cette pompe pneumatique du milieu du XVIIIe siècle possède à la fois le charme propre aux anciens objets de science et des qualités esthétiques dignes d’une œuvre d’art à part entière. Subtil mélange de bois de hêtre et de métaux, celle-ci est surmontée d’une cloche en verre destinée à faire le vide d’air, une invention mise au point en 1744 à Versailles par l’abbé Nollet (1700-1770). L’objet est estimé entre 10.000 et 15.000 euros.
Pour terminer cet aperçu – loin d’être exhaustif – des lots proposés à la vente par Christie’s, nous évoquerons cette jolie paire de gourdes en majolique d’Urbino du XVIe siècle. Objets décoratifs par excellence, ces deux gourdes, dont le modèle rappelle celles utilisée par les pèlerins chrétiens qui se rendaient au Moyen-Orient, sont décorées de différentes scènes représentant notamment le sacrifice d’Abraham. L’estimation oscille tout de même entre 40.000 et 60.000 euros pour cette paire.


