Dans l’espoir d’un enfant…

Claire Coljon
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Exposition à la Galerie Albert Loeb pour ce onzième Parcours des Mondes parisien. Collectionneur avisé d’art primitif depuis plus d’un demi-siècle, l’antiquaire mettait en scène des statuettes du Nigeria, de Côte d’Ivoire ou d’Indonésie, sans oublier une palette de masques du Mali, du Burkina Faso et de Côte d’Ivoire – dont un impressionnant masque guéré fait de bois, de métal et, pour la langue, d’un tissu rouge provenant de… la culotte de zouaves des régiments de l’armée coloniale ! « Implantés au sud-ouest de la Côte d’Ivoire, les Guérés étaient redoutés pour leurs connaissances en médecine et en sorcellerie. » Celui-ci, qui semble avoir six yeux et une bouche prête à aspirer le monde appartient au type de masques dits d’épouvante. « Ils étaient utilisés afin de communiquer avec l’au-delà et appartenaient à la société gla, puissante société masculine de masques à contrôle social et politique », notent Albert et Sonia Loeb.

A leurs côtés, ô combien plus serein, le petit groupe de touchantes poupées de fécondité guiziga du Nord-Cameroun.

Secrets de femmes

Toutes droites, comme figées dans une attitude hiératique, elles sont faites de bois sombre recouvert de cuir. Leurs bras ne sont pas sculptés mais sont évoqués par des chapelets de perles terminés par des cauris – « comme autant de signes de richesse et symboles de féminité, de gémellité » –, elles sont parées de colliers ou de coiffes de petites perles multicolores, de clous métalliques, de pièces de monnaie, de pendeloques en cuir et leurs corps ou leurs visages portent des scarifications… mais qui sont-elles ? On sait qu’elles sont l’œuvre des Guizigas, une des nombreuses ethnies du Nord-Cameroun vivant dans les environs de Maroua, que les Foulbés – des peuls musulmans – avec lesquels ils partagent certains territoires, les affublent du terme de kirdis (païens, animistes). Les Guizigas ont été peu étudiés. Peuple d’agriculteurs, ils cultivent le mil, l’arachide, élèvent des moutons, des chèvres et des zébus.

« Quant à ces poupées, si elles pouvaient être utilisées par les petites filles comme un jouet, apprentissage à leur futur rôle de mère, on sait que c’est pour favoriser leur fécondité que les jeunes filles guizigas – tout comme leurs voisines falis ou namjis – les utilisaient. Symboles de l’enfant désiré, elles les portaient sur elles, les choyant comme un bébé jusqu’à l’accomplissement de leur vœu d’enfantement… »

L’antiquaire de préciser : « C’est la maternité qui donne à la femme sa place dans la société. L’enfant constitue la base même de la famille, du clan et l’appartenance à un clan donné est primordiale chez les Guizigas. Leur structure sociale repose sur les relations de parenté qui est la base d’un système économique d’entraide. Elle identifie aussi l’individu et définit les interdits rattachés à son groupe de parenté. »

Poupées de fécondité guizigas du Nord-Cameroun, jusqu’au 13 octobre. Galerie Albert Loeb, 12 rue des Beaux-Arts, 75006 Paris. Tél. : 33 (1) 46 33 06 87 – Site : www.galerieloeb.com.

Osez la rencontre !