Accidents de chasse au Botanique
En free style, l’artiste belge Pascal Bernier investit le musée du Botanique. Il s’y est même installé en résidence pendant un mois, le temps d’apprivoiser le lieu et pour s’occuper d’un énorme éléphant. « Et comment cela va depuis la dernière fois ? », me lance Bernier sous un sourire doux-amer. La dernière fois, c’était au début de l’été, une conversation à bâtons rompus dans son atelier. On a surtout parlé de peinture, le comble pour le fin tireur des Accidents de chasse, une série constituée d’animaux bandés, de la petite biche en Descente de lit au bébé tigre et maintenant à cet énorme pachyderme qui accueille le visiteur depuis le fond de la salle. Encore ! L’artiste bruxellois nous disait vouloir revenir au dessin, sa valeur première, lui qui n’a pas « réussi en peinture ».
Est-ce difficile de sortir de la série des animaux bandés, l’image de marque Bernier comme un acteur de série confiné à un même rôle ?
Dans la vie, il y a bien d’autres risques plus réels. L’art est quand même le domaine où la liberté mentale peut s’épanouir. C’est un peu la monnaie de ma pièce ! Mais je tiens aux “Accidents de chasse”, parce que c’est une image qui squatte le cerveau. Les gens, quand ils connaissent mon travail, ne pensent qu’à cela mais je sais faire autre chose !
Vous êtes un dénonciateur, un provocateur par l’humour grinçant ?
C’est un fer de lance. Je ne veux pas passer ma vie à être déprimé. Voir le burlesque dans le douloureux, c’est plus fort que moi. C’est ma nature, pas une posture. Dénoncer la folie ou la cruauté humaine, ce n’est pas par l’art que cela passe le mieux. Pour moi, cela sert d’antidote au désespoir absolu. L’écriture, l’engagement politique et social sont des moyens bien plus efficaces que “Bipolar Perversion”. Toutes ces scènes peuvent présenter un petit air de dénonciation. En fait, c’est un travail assez égoïste pour me sortir du marais assez nauséabond qu’est le monde qui m’entoure. J’ai mis mon suicide sur petite flamme…
A quoi consacrez-vous votre temps, puisque c’est fini avec les animaux ?
Une pratique très humble : le dessin. Qu’est-ce que je risque ? Que cela ne se vende pas ? Je m’en fous. Je ne crois pas à la maîtrise absolue des choses. Dessins, maquettes de ruines, bunkers “Valeurs refuges” à la feuille d’or pour évoquer les guerres mais aussi les retables – ce premier commerce de l’art –, tout est extrêmement maîtrisé puisque je réduis les variables au maximum. Le hasard, c’est un ami. Je fonctionne à l’affect, selon la sphère affective où j’évolue. En art, on peut être la cause mais moi, j’aime laisser venir les choses à moi.
Pourquoi les ruines en 2012 ?
Toutes les civilisations sont concernées. C’est le plaisir de revenir aux deux dimensions. Je parle aussi d’un aspect extrêmement rentable de la ruine, comme une forme d’investissement pour beaucoup.
Même pas dénonciateur cela ?
Finalement, retables, ruines, charniers, dérives de la violence, on est toujours dans le même délire à travers le capitalisme actuel. La base de mon travail est toujours extrêmement sentimentale et affective. Je suis un narratif. Quand je dessine les insectes en train de copuler, l’apparente violence du rapport sexuel n’arrive même pas à la cheville de la violence mentale ou sexuelle que peuvent infliger les adultes. L’engagement, ce n’est pas ma tasse de thé. Comme un cancer, j’espère que mon travail induise une petite réflexion philosophique chez le spectateur.
« A Pop Nightmare », Botanique, 236 rue Royale, 1210-Bruxelles, jusqu’au 18 novembre. www.botanique.be.







