Le choix de l'école buissonnière
« Il y a autant de raisons de décrocher que de jeunes », affirme-t-on au Service d'accrochage scolaire (SAS) de Mons. La loi définit le décrochage scolaire de façon très large, mais dans les faits, il s'agit rarement d'une problématique exclusivement scolaire. Le phénomène qui s'observe dans tous les milieux sociaux découle souvent de problèmes personnels.
Le décrochage scolaire peut avoir de multiples sources – le jeune peut être en crise à la suite d'un malaise familial, d'un chagrin d'amour, d'une dispute avec un(e) ami(e), du passage de l'école primaire au secondaire… – et prendre presque autant de formes. Les jeunes qui arrivent au SAS sont parfois déscolarisés depuis des mois, voire des années. Inscrits nulle part, ils sont passés au travers des mailles du filet, jusqu'à ce que la police les ramasse dans la rue. Ce sont aussi parfois des jeunes qui dérangent la classe et sont menacés de renvoi.
Mais le décrochage scolaire peut aussi être passif. Dans le fond de la classe, les élèves exercent alors le « présentéisme », une sorte de « présence absente ». « Souvent, les écoles voient notre service comme un ultimatum avant le renvoi », explique Michaël Delcourt, directeur du SAS de Mons. « Mais ce n'est pas notre vocation. Tout notre travail consiste à mobiliser le jeune. Le SAS n'est ni la carotte ni le bâton ! »
Les jeunes de 12 à 18 ans fréquentent le SAS sur base volontaire. Avec l'équipe composée de travailleurs sociaux et d'enseignants qui apportent une aide sociale, éducative et pédagogique, pendant une période de trois mois renouvelable une seule fois, ils élaborent un projet personnel : retourner dans la classe quittée, se réorienter vers d'autres études… Ils bénéficient d'une remise à niveau scolaire en français, math et sciences, mais participent également à des ateliers artistiques, culinaires, sportifs… et, tous les vendredis, à la « journée citoyenne » où ils prennent des responsabilités et se rendent utiles.
Le jardin refuge de Saint-Ghislain est un des projets de ces vendredis citoyens. Il concilie production potagère et protection d'espèces animales sauvages en fournissant des abris sous forme de nichoirs, de ronciers ou encore de tas de bois aux hérissons, papillons, abeilles solitaires, mésanges, étourneaux et autres chouettes. Né d'un partenariat entre la ville de Saint-Ghislain, l'association de défense de la nature Natagora et le SAS de Mons, ce jardin est aménagé sur un terrain communal d'une dizaine d'ares. En s'occupant du potager, en fabriquant les abris, les jeunes abordent des notions scolaires sans en avoir l'air. Et puis, surtout, en participant à ces « journées citoyennes », ils prennent conscience de leur utilité. Ce qui est tout bénef pour tout le monde !
Caroline Dunski



