Les enfants difficiles ne font pas la loi
Enfants agités, agressifs ou désobéissants, tenez-vous à carreau ! L'Institut de Recherche en Sciences Psychologiques de l'Université Catholique de Louvain s'est intéressé aux « trouble-classes » âgés de 3 à 7 ans.
Les chercheurs ont écouté les parents. Ils se sont entretenus avec les instits pour enrichir le programme «H2M Children» (Hard-to-manage children). Cette recherche se préoccupe des causes de ces troubles du comportement. Elle se soucie de l'aide à apporter aux enfants. À leur famille, aux enseignants. Le professeur de psychologie du développement Isabelle Roskam participe à ce programme de recherche multidisciplinaire.
Les troubles explosent-ils quand l'enfant entre à l'école ?
Je ne le pense pas. Ces troubles peuvent s'afficher en classe, à la cour de récréation. Mais cela peut aussi se passer très bien avec les enseignants. Un jeune enfant peut être épuisant à la maison et se montrer charmant à l'école… Pendant trois ans, l'équipe de chercheurs a suivi, dans 125 écoles, 130 enfants présentés à des consultations médicales pour leur agitation, désobéissance, opposition, provocation, agressivité. Elle a aussi observé 500 enfants sans difficulté. Les enseignants s'accordent à dire que chaque année, dans leur classe, un élève sur vingt peut être qualifié de difficile. Les problèmes du comportement sont des troubles relatifs. Tout dépend du seuil à partir duquel on considère que le comportement n'est pas adéquat.
Comment réagissent les enseignants ?
Plus les enseignants évaluent l'enfant comme présentant des comportements difficiles, moins la qualité de la relation avec cet enfant est évaluée positivement. Des enseignants encouragent les parents à consulter le médecin traitant, un pédiatre, un pédopsychiatre, une équipe pluridisciplinaire. Ils font bouger les choses. C'est important d'avoir affaire à quelqu'un qui aide à comprendre. L'explication n'est jamais simple. Parfois, c'est un problème de développement du langage, de cadre éducatif… Même les enseignants les plus expérimentés peuvent se sentir incompétents face à un enfant présentant des difficultés de comportement. Les instits ne se sentent pas soutenus. Ils disent qu'ils ne sont pas formés pour gérer les difficultés comportementales. Le programme de recherche appuie leur besoin d'une formation adéquate. Des moyens existent pour faciliter l'intégration des enfants difficiles en classe.
Même avec 30 bambins, comme dans certaines classes maternelles ?
Les conditions dans lesquelles ces enseignants exercent leur métier rendent problématique l'utilisation des stratégies éducatives les plus efficaces.
Des stratégies sont présentées dans le livre «Les enfants difficiles» publié sous votre direction aux éditions Mardaga…
Il est important de passer d'abord par une période d'observation. Pendant cette phase, les comportements des enfants difficiles sont classés en trois colonnes. Ceux qu'on ne peut vraiment pas tolérer, ceux qui sont moins graves et ceux qu'on peut accepter momentanément. Cette approche permet de ne pas être toute la journée sur le dos des indisciplinés. De se focaliser sur peu d'objectifs. Seules les récompenses et les punitions immédiates sont efficaces. Il faut éviter de menacer sans appliquer les sanctions promises. De changer continuellement de stratégie pour se faire obéir. Éloigner l'enfant du groupe ou d'une activité, pendant un temps limité, est le meilleur moyen pour éviter l'escalade. Où l'adulte est toujours perdant.
Les relations enseignants-parents sont parfois tendues…
L'interprétation du comportement de l'enfant par l'enseignant influence le dialogue. Des parents ont rapporté qu'ils n'allaient plus chercher leur enfant à la sortie de l'école afin de ne plus entendre des commentaires négatifs sur son attitude. La prise de conscience de ses propres interprétations et de celles d'autrui permet souvent d'atténuer les incompréhensions mutuelles. C'est seulement en étant partenaires, en échangeant de bonnes idées, qu'on arrive à corriger des comportements à problèmes.
Les enfants difficiles (3-8 ans), évaluation, développement et facteurs de risque. Sous la direction d'Isabelle Roskam.








