Apprendre à penser comme un génie
Dans son nouveau livre Génie toi-même !, Philippe Brasseur propose de penser en images comme Einstein, de s'inspirer de la nature comme Gaudi ou encore de croire en ses rêves comme Martin Luther King.
L'enjeu principal de ce formateur en créativité est de la placer au cœur de l'apprentissage. La créativité, on la porte tous en nous, naturelle et spontanée. Mais souvent, on l'a bridée, censurée, pour se conformer aux injonctions de l'éducation scolaire ou familiale. Bonne nouvelle : pour la réveiller, il y a des trucs !
Pourquoi se préoccuper de créativité ?
Il s'agit d'une dimension essentielle de l'intelligence, d'une « compétence transversale ». Etre créatif, c'est être mobile mentalement, faire des analogies, créer des ponts entre des domaines différents, pouvoir mettre les savoirs en relation et en question. C'est aussi être capable d'aller chercher au-delà de ce qu'on connaît, faire sauter des verrous mentaux. Cet aspect révolutionnaire de la créativité peut expliquer pourquoi l'école traditionnelle étouffe souvent la créativité des enfants ou la place « à côté », dans le coin des loisirs créatifs. On trouve ce pouvoir d'invention, de création de façon très spontanée et naturelle chez les enfants d'âge maternel. Mais souvent, le passage en primaires sonne le glas de la créativité. C'est là que l'enfant apprend qu'il n'y a qu'une seule bonne réponse : celle du prof. Il apprend le conformisme, la peur de l'échec, du rouge dans le bulletin, l'obsession de la bonne réponse… Et les enfants transportent ça à l'âge adulte.
Qui est concerné ?
Tout le monde ! Dans mes formations, je m'adresse autant aux enseignants qu'aux entreprises, aux infirmières… Quand l'être humain a la sensation de devenir une machine, il risque le burn-out. Or dans tout métier, il y a un espace pour être créatif, c'est-à-dire pour être soi. Quand elle fait la toilette d'un patient, l'infirmière ou l'aide-soignante peut, par exemple, choisir comment elle va s'adresser au patient, quelle partie du corps elle va laver en premier… Elle peut faire les choses à sa manière, à l'intérieur même d'un protocole pourtant très strict.
Comment développer la créativité ?
Dans mon livre, je propose trois postures pour apprendre à « penser comme un génie » : être curieux, imaginatif et déterminé. Etre curieux, c'est d'abord observer, prendre des notes comme Vinci, se poser des questions comme Darwin, voir les choses autrement comme Chaplin… Etre imaginatif, c'est chercher plusieurs réponses comme Edison (qui a fait plus de 9000 essais avant d'inventer l'ampoule !), mais aussi combiner des idées existantes comme l'a fait Gutenberg ou encore explorer son inconscient comme Freud. Et être déterminé, c'est se battre pour transformer ses idées en réalité. Cela passe par la discipline de travail, comme Proust, la persévérance, comme Van Gogh, et la foi dans ses idées, comme Martin Luther King.
Et vous proposez des exercices qui peuvent stimuler tous ces processus ?
Oui, et si possible très simples, à pratiquer au quotidien. Cela peut être une gymnastique mentale : « Qu'est-ce qui est rouge et qui vole ? », artistique : décalquer un tableau pour le colorer avec les couleurs d'un autre, etc. Personnellement, j'adore les contraintes, parce qu'elles stimulent la créativité. Pour être stimulante, une consigne doit être à la fois « ouverte », c'est-à-dire permettre plusieurs réponses, et « fermée », en posant des limites : contraintes de temps, de matériel… Concrètement, il y a des tas de choses à faire pour développer la créativité. A commencer par remplacer les « oui, mais… » créativicides par les « oui, et ! ». Remplacer les affirmations « impossible – trop cher – pas le temps – etc. » par la question « comment faire pour transformer ce rêve en réalité ? » C'est simple et naïf, et en même temps c'est le moteur de tout progrès humain !
Caroline Dunski
www.philippebrasseur.be Génie toi-même ! Le livre qui apprend à penser plus, sort chez Casterman le 3 octobre.








