Rentrée scolaire : faut-il supprimer les notes scolaires ?
De plus en plus de voix s'élèvent pour souligner les limites des cotations, leur aspect très arbitraire et leurs supposées conséquences sur l'échec scolaire.
Tout d'abord, qu'est-ce qu'on leur reproche à ces notes ? La liste est longue… Premièrement, il semblerait que ces 5, 9 ou 7 sur 10 n'apportent rien à l'action pédagogique. « Dans nos écoles, le système qui a cours donne une indication globale et quantitative, mais qui ne dit rien des véritables compétences d'un élève, ni de leur développement », explique Sabine Kahn, professeure en sciences de l'éducation à l'ULB.
« En effet, les notes sont basées sur un principe de critères (on additionne les « bonnes » réponses) ou de normes (on compare les travaux des élèves entre eux) qui permettent de positionner les élèves dans un classement. J'ai envie de dire : et maintenant, on fait quoi avec cela ? » Premier problème, donc : la note atteste de la réussite ou de l'échec à une épreuve, mais elle ne tient pas vraiment compte de l'apprentissage, ni de l'évolution de l'élève. De plus, elle ne délivre pas un message clair : on sait si l'élève a raté, mais on ne sait pas vraiment où se situent ses lacunes.
Ensuite, il semblerait que ce système de notation s'avère particulièrement arbitraire et imprécis. Lors des corrections, les professeurs sont en effet soumis à une multitude d'influences dont ils n'ont pas conscience. Henri Laugier et Dagmare Weinberg, deux psychologues du début du vingtième siècle, ont établi qu'il faudrait recourir à la moyenne de treize correcteurs pour obtenir la « note vraie » en mathématiques. Ce nombre atteindrait même 127 personnes en philosophie ! L'ordre des copies, le moment de la correction peuvent influencer la note, tout comme l'image que le professeur se fait de l'élève. Un enfant considéré comme un « bon » élève sera généralement mieux noté qu'un autre perçu comme un « mauvais » élève, peu importe la réponse. Cette injustice est parfois ressentie par les élèves, et finit souvent par discréditer l'autorité des professeurs auprès de ceux-ci.
Un taux d'échec minimum
André Antibi, chercheur en dialectique, va plus loin avec son concept de « constante macabre ». Selon lui, chaque professeur établirait inconsciemment ses évaluations de manière à obtenir des notes diversifiées : des bonnes, des moyennes et des mauvaises. Et ce quel que soit le niveau réel des élèves, les objectifs du test, etc. Il en ressort donc, évidemment, des échecs « artificiels ». Ce taux d'échecs – ou constante macabre – assurerait la crédibilité du professeur ainsi que son autorité. En effet, un enseignant dont tous les élèves réussissent avec de beaux points serait presque automatiquement considéré comme trop laxiste par ses pairs et par la société.
Peut-on pour autant mettre les échecs scolaires sur le dos des notations ? « Oui », répondent certains spécialistes et certaines associations de parents, argumentant que la note est responsable des redoublements, mais aussi qu'elle influence le parcours scolaire et les relations de l'élève avec les autres. Sabine Kahn s'accorde à dire qu'effectivement, « la note (ou la moyenne de celles-ci) constitue l'étalon de la valeur scolaire d'un élève, voire de sa valeur sociale, car on ne considère pas de la même façon un enfant qui a de bonnes notes et un autre qui a de mauvaises notes. La sociologie critique des années 70-80 montre aussi que les enfants qui ont de « mauvaises notes » intègrent l'idée qu'ils sont fainéants, stupides, pas doués. Or, les travaux actuels ont prouvé que ce n'était objectivement pas le cas. »
Un indicateur utile
Mais, de même que le thermomètre n'est pas responsable du temps qu'il fait, Sabine Kahn estime que les notes elles-mêmes ne peuvent pas être tenues pour responsables de l'échec scolaire. « Certes, le système de notes a des travers, mais plus que l'instrument en lui-même, c'est ce qu'on en fait (des classements, etc) et l'importance qu'on lui donne qui induisent des effets pervers. » La professeure déplore toutefois qu'à l'école, on « cherche avant tout à récolter de bonnes notes plutôt que d'acquérir des savoirs qui ne s'apprennent nulle part ailleurs. »
Marc Willame, Secrétaire général de l'APPEL (Association Professionnelle du Personnel de l'Enseignement Libre) est conscient que les notes entraînent des comparaisons et des compétitions, mais les supprimer serait selon lui une mauvaise idée. « Ces notes sont un indicateur tant pour les élèves que pour les parents et les professeurs. Elles permettent de voir où l'élève en est, s'il progresse au cours de l'année. » Et Pierre-Paul Boulanger, président de l'Ufapec (Union francophone des associations de parents de l'enseignement catholique), d'ajouter : « Qu'on évalue avec des points, des lettres ou que sais-je, l'important est que les élèves et les parents comprennent le système en place. De plus, les cotations ont cet avantage de permettre aux parents de suivre l'évolution de leurs enfants même s'ils ne les accompagnent pas en classe tous les jours. »
La solution se trouverait donc dans une évaluation plus pédagogique, moins tournée vers le résultat à un moment donné que vers l'apprentissage global. Le sociologue Pierre Merle prône l'anonymat lors des tests, tandis qu'André Antibi propose un système d'évaluation par « contrat de confiance », dans lequel l'enseignant communiquerait une série de questions (et leurs réponses) aux élèves quelques jours avant le test. Beaucoup pointent aussi en exemple le système finlandais, où la note la plus basse est le 4/10 et où les professeurs ont le devoir de ne pas laisser les élèves avec cette cote. Notons toutefois que la réussite de l'enseignement finlandais ne tient pas qu'à cette mesure : le pays se démarque aussi par un suivi très personnalisé des élèves, des remédiations régulières, etc.



