Une thèse, pour quoi faire ?
L'imaginaire collectif les considère parfois comme des étudiants attardés qui finiront par devenir professeurs d'université. Les doctorants ne sont pourtant plus ceux que l'on croit, mais plutôt de véritables chercheurs qui ne travailleront peut-être jamais dans le monde académique. Mener une thèse est désormais considéré comme une première expérience professionnelle. Même si l'insertion sur le marché de l'emploi n'est pas toujours aisée par la suite…
Si l'on vous dit « doctorants », vous pensez très certainement : « ah oui, ces études pour devenir professeur ou assistant à l'université ?! » Les idées reçues ont la peau dure. Car cela fait belle lurette que tous ceux qui entament une thèse ne font plus systématiquement carrière dans le monde académique. « C'est vrai que ce cliché perdure, soupire Évelyne Favart, responsables des affaires doctorales au sein de l'Université de Liège. Pourtant, aujourd'hui, nous accueillons bien plus de doctorants que l'on ne pourrait en engager ! »
Le nombre de thésards augmente d'années en années dans les universités. Chaque institution délivre annuellement entre 200 et 300 diplômes à de jeunes chercheurs. « Le doctorat, c'est plus que poursuivre des études, estime Pierre Marage, vice-recteur à la politique académique et à la recherche au sein de l'Université libre de Bruxelles. C'est véritablement devenu une première expérience professionnelle lors de laquelle on apprend, par la recherche, à développer une haute technicité dans son domaine d'expertise et acquérir un savoir neuf que personne n'avait jamais découvert auparavant. »
« Il ne faut pas être l'élu »
Deuxième stéréotype : le doctorat n'est pas (plus) uniquement réservé aux étudiants appartenant au cercle très fermé des « très hautes distinctions. » « C'est une question que l'on me pose tout le temps : comment devient-ton doctorant ?, raconte Évelyne Favart. Non, il ne faut pas nécessairement être l'élu choisi par le professeur, même si c'est vrai que certains « recrutent ». Mais cela peut aussi résulter d'une démarche entreprise par l'étudiant, qui souhaite approfondir tel ou tel sujet et qui va rechercher un promoteur qui acceptera de le soutenir. Mais dans tous les cas, les notes obtenues lors du master ne sont qu'un élément parmi d'autres et il arrive parfois que ceux qui ont été les plus brillants durant leur cursus soient finalement des doctorants décevants. »
« En réalité, on confond souvent la manière d'entreprendre une thèse et les moyens pour la financer », ajoute Marie Welsch, responsable de la coordination et de la gestion des doctorats à l'Université catholique de Louvain. Dans ce cas, deux possibilités : devenir assistant ou décrocher une bourse auprès de l'université, du FNRS, du FRIA (Fonds de la recherche scientifique), du Fresch (Fonds pour la recherche en sciences humaines), etc. « Il y a aussi quelques cas d'étudiants qui se financent seuls et qui combinent par exemple avec un travail à mi-temps, mais c'est plus rare », poursuit-elle.
S'il décroche un poste d'assistant ou s'il devient « boursier », le chercheur obtient donc une rémunération mensuelle de 1.700 euros net (pour la petite histoire, le salaire brut est égal au net, un « traitement de faveur » dont bénéficient les universités pour pouvoir engager plus de candidats).
Les abandons ne sont pas rares
À partir de là, c'est parti pour trois à cinq ans de recherches qui se traduisent, en fin de parcours, par la remise d'un travail, un peu comme un mémoire. À condition de ne pas baisser les bras en route : les abandons ne sont pas des exceptions. Car vies doctorale et estudiantine sont diamétralement opposées. Plus de cours ex cathedra (juste l'obligation de participer à certains colloques ou de suivre des formations), plus d'examens, mais un programme à organiser et à mener en toute autonomie.
« Il faut beaucoup de maturité, résume Pierre Marage. De ténacité, aussi : les résultats n'arrivent jamais immédiatement ! Selon moi, il faut aussi savoir communiquer, faire preuve de créativité tout en étant très rigoureux. »
Et après ? Bienvenue sur le marché du travail. Et ce n'est pas parce que l'on se présente devant un employeur avec, dans la poche, le plus haut diplôme délivré dans l'enseignement que les portes de l'emploi s'ouvrent systématiquement bien grand. « Il y a encore beaucoup de choses à faire pour que ce statut soit davantage valorisé dans le monde du travail et pour que les employeurs ne considèrent pas les docteurs comme des étudiants attardés, mais comme des personnes ayant acquis des compétences vraiment particulières. La gestion d'équipes, la capacité à communiquer, l'inventivité, la faculté de rebondir… »
Ensuite, pour les plus acharnés et/ou motivés, reste encore la possibilité d'entamer un post-doctorat. Mais cela, pour le coup, s'adresse presque exclusivement à ceux qui rêvent un jour de donner cours dans les amphithéâtres…



