Comment les entreprises draguent les étudiants

Rafal Naczyk
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Pour attirer les jeunes talents, les entreprises doivent chasser sur leurs terres. Elles commencent par les écoles et les universités, mais sont aussi présentes sur les réseaux sociaux et plus largement sur Internet, terre de prédilection de la jeune génération. Revue de détails.

Les campus managers

La proximité fait mouche. Si les étudiants délaissent les brochures de recrutement, ils apprécient les forums de recrutement et autres présentations dans les grandes écoles. Le phénomène n'échappe pas à la plupart des gros recruteurs, qui nomment des « campus managers » parmi leurs collaborateurs. Témoins volontaires de leur propre insertion, ces « grands frères des campus » personnalisent l'entreprise auprès des candidats. Ils distillent des informations précieuses sur leur employeur, leur métier, ainsi que les « trucs » pour être embauché. Quant aux questions d'argent et de carrière, elles sont abordées plus librement. Une politique de petits pas qui paie sur la durée, car la parole de non-professionnels des ressources humaines est jugée plus crédible par les étudiants.

Les réseaux d'anciens

Le piston est mort, vive les relations ! Pour dénicher la perle rare, certaines entreprises tablent sur le réseau social de leurs employés. Généralement réservé aux expérimentés, ce type de parrainage s'ouvre aussi aux jeunes diplômés. Un an après leur arrivée dans le groupe, les juniors peuvent coopter des étudiants de dernière année. En guise de récompense, ils recevront un bonus monnayable (allant jusqu'à 3.000 euros), des chèques cadeaux ou des tickets d'avion à condition que le candidat soit engagé. La formule réussit plutôt bien, puisque de l'aveu général, la qualité des candidatures recommandées est supérieure aux techniques de recrutement traditionnelles.

Les réseaux sociaux

Ce n'est plus un mystère : Internet est devenu le premier média de recrutement. Afin de toucher différemment les candidats potentiels, notamment les futurs diplômés, de plus en plus d'entreprises développent des campagnes de recrutement sur les réseaux sociaux. Elément central de cette campagne, la page Facebook spécifique qui permet aux fans de la page de déposer leur candidature directement via le réseau social. « Aujourd'hui, Facebook est utilisé comme un outil pour communiquer une marque employeur et attirer les candidats, observe un consultant RH. Dans le contenu, tous les codes de la Génération Y sont respectés : décalage et humour, références à la culture geek, à l'instar des anecdotes de VDM ou de la série Bref. En fait, Facebook donne à la marque ce côté humain que les sites corporate n'ont jamais réussi à transmettre ». Certaines entreprises vont plus loin : d'un clic, le candidat peut visionner une vidéo sur l'ambiance dans les bureaux, puis échanger avec un salarié en temps réel. Sans parler des séances de tchat entre la responsable du recrutement et les candidats.

Le discovery day

Mais Internet ne suffit pas, loin de là. « Avec ces années de restructuration et de chômage, les jeunes sont devenus suspicieux. Avant de postuler, ils veulent vérifier de leurs propres yeux ce que leur promet l'entreprise », observe une DRH. Prenant place au siège de l'entreprise ou dans les centres opérationnels, les « journées découverte » sont des rendez-vous à la fois intimistes, généralistes et techniques. Destinés à présenter l'entreprise et les métiers qui la nourrissent, ils se déclinent autour de conférences, d'ateliers RH avec simulation d'entretien ou de rencontres informelles avec des employés expérimentés, mais surtout avec des juniors, les mieux à même de répondre aux interrogations des étudiants.

Les chaires sponsorisées

Les entreprises peuvent désormais siéger aux conseils d'administration, offrir des stages et des emplois via les bureaux d'insertion professionnelle, mais aussi financer des chaires et des projets. Résultat : les financements extérieurs des entreprises gonflent de plusieurs millions, chaque année, le budget des universités. En outre, de nombreuses entreprises ont créé et financent des chaires d'études ou des modules de formation au sein des établissements universitaires. Juridiquement, financer une chaire est une forme de mécénat mais dans la réalité, cela permet à l'entreprise d'effectuer de la veille, de savoir où se trouvent les compétences, de développer des liens privilégiés avec les chercheurs.

L'aide-mémoire

Réaliser son mémoire de fin d'études avec le soutien d'une entreprise ? Autrefois, l'idée aurait été jugée taboue, tant le monde académique s'échinait à tisser un « cordon sanitaire » avec le secteur privé. Très répandue dans le monde anglo-saxon, cette pratique se répand pourtant en Belgique. Sur demande, les consultants d'Accenture offrent leur expertise, des directives et des conseils aux étudiants de l'ULB qui souhaitent rédiger leur mémoire. Objectif : faire connaissance, échanger, collaborer. Mais attention : ces conseillers n'interfèrent que partiellement dans la réalisation du mémoire. Leur rôle ne se limite qu'au partage d'informations. « En laissant travailler les étudiants sur des sujets d'actualité, proches des préoccupations de nos business, nous les préparons mieux à leurs carrières naissantes », explique Veerle Dero, responsable du recrutement chez Accenture. Les expériences des étudiants retrouvent ensuite le chemin des universités, afin qu'elles soient discutées dans l'enseignement.

Le « business game »

Concours, tournois, « business games », challenges et autres « défis » : les compétitions en tout genre se multiplient sur les campus. Au point de rythmer la vie étudiante. Les « business games » consistent à mettre les étudiants en situation, afin qu'ils réfléchissent à de véritables problématiques d'entreprises. Ils doivent ensuite soumettre leurs solutions aux cadres dirigeants organisateurs, comme le feraient des professionnels. Pour les recruteurs, les jeux d'entreprise permettent d'avoir un contact privilégié avec les étudiants et de les évaluer, ce qui n'est pas forcément le cas lors d'un entretien. Le jeu est aussi pour eux un moyen de familiariser les étudiants avec leurs métiers. Et la dimension internationale est incontournable. De leur côté, les étudiants apprécient le côté ludique et la compétition. Ils goûtent aussi de se retrouver confrontés à des situations professionnelles, avec des décisions à prendre. En prime, nombre de ces jeux sont richement dotés – que ce soit sous forme de prix en espèces ou de cadeaux divers : voyages, ordinateurs, « smartphones »… Henkel, par exemple, offre un « tour du monde » aux lauréats mondiaux de son concours.

Le traineeship

Remplacement de la génération baby-boom oblige, le stage sert à nouveau de pré-recrutement. Et comme les entreprises voient la concurrence s'aiguiser, cela les incite à s'attirer les faveurs des étudiants le plus tôt possible afin de se constituer un vivier suffisant. Pour séduire, certaines promettent d'entrée de jeu des embauches. Aujourd'hui, le processus de sélection du stagiaire ressemble à s'y méprendre à celui du recrutement d'un jeune diplômé : au moins un entretien avec un responsable des ressources humaines et un autre avec le futur responsable opérationnel. Parfois plus. L'évaluation de fin de stage permettra ensuite à l'entreprise de détecter les étudiants qu'elle souhaite embaucher.

Osez la rencontre !