Rendre leur autonomie aux adulescents !
Entretien avec Ann d'Alcantara. Dans l'enseignement supérieur, les parents sont de plus en plus scotchés à leurs enfants. L'UCL a organisé une conférence-débat pour comprendre, réfléchir et réagir à cet accompagnement. La psychiatre Ann d'Alcantara, responsable du centre thérapeutique pour adolescents aux Cliniques universitaires Saint-Luc a éclairé l'auditoire sur ce phénomène. Comme Marc Lits, doyen de la Faculté des sciences économiques, sociales, politiques et de communication.
PSYCHO Quel regard porte la psy sur le comportement des parents ?
Certains parents agissent comme s'ils étaient des employeurs et que l'université était tenue de leur rendre des comptes. De se justifier auprès d'eux car ils paient les études de leurs enfants. Cela me choque parce que je considère que c'est toute la communauté qui finance ces études. L'université doit défendre une image de marque. Elle n'a pas à faire plaisir aux parents. Mais elle doit aussi attirer leurs enfants… J'ai été très impressionnée d'entendre qu'il y avait cinquante demandes de recours dans une faculté. C'est énorme ! On évolue vers une situation où des étudiants, et surtout leurs parents, considèrent qu'on n'a pas raté tant qu'on n'est pas arrivé au bout des recours. Il est essentiel que l'université se construise une philosophie, clarifie sa position. Par exemple, pour les journées d'information. On ne les organise pas de la même façon si l'on s'adresse à de futurs étudiants ou à leurs parents. Le service des logements a tranché. L'étudiant majeur est son interlocuteur. C'est lui qui signe le contrat.
La présence parentale est de plus en plus marquée…
Cette présence est une preuve par neuf que les étudiants sont majeurs, mais pas pour autant anthropologiquement adultes dans notre culture. Ces adulescents restent dans un lien générationnel de dépendance. Et dans l'obligation de faire équipe avec leurs parents. Les étudiants sont beaucoup moins dans une phase d'opposition comme au début de l'adolescence. Ils ont besoin de leurs parents. Leurs parents ont besoin d'eux. Une belle façon de nourrir le lien intergénérationnel.
C'est une nécessité…
Tout est relatif dans notre culture aux références multiples. Il n'y a plus de relais du référentiel parental spécifique à chaque famille. Cela rend objectivement plus difficile de lâcher les baskets des jeunes adultes. Plus paniquant parce que les parents d'aujourd'hui savent que la première chose que leur enfant va faire, c'est relativiser leur référentiel. Les parents font donc équipe. Être copains avec leurs grands ados les rassure. Cela permet de les lâcher, sans rompre les liens, dans un monde multiréférentiel. Les jeunes ont tout à gagner. Et leurs parents rien à perdre.
Cette relation comporte-t-elle des risques ?
Le plus grand, c'est une forme de maturité tardive. Les difficultés observées lors de l'entrée dans la vie professionnelle en témoignent. Les étudiants se sont installés dans une situation où les décisions se prennent en commun. Où ils assument peu les conséquences. Ils n'ont pas fait le travail psychique de s'affranchir de leurs parents. Cette étape nécessaire est reportée. Le fossé se creuse encore plus entre les jeunes qui continuent des études et ceux qui n'en suivent pas. Cette évolution est aussi paradoxale pour l'unif. Hier, ses étudiants cherchaient à s'affranchir de leurs parents… Mais, il est trop tôt pour porter un jugement sur ce phénomène. La première étape : constater, comprendre, repérer en quoi c'est incontournable.
L'université devrait-elle faire une place aux parents ?
L'université reste d'abord l'affaire des étudiants. Mais elle pourrait donner plus de visibilité aux parents. Plusieurs options sont possibles. On pourrait créer un lieu de dialogue. Un espace pris en charge par les parents pour les parents. J'avoue que je suis favorable à cette orientation. Un lieu centralisé permettrait un meilleur accueil. Soulagerait les différents services, unifierait leurs réponses. Mais il ne s'agit pas d'accorder aux parents un statut comme dans les écoles fréquentées par des enfants mineurs.



