Supérieur: deux tiers des étudiants abandonnent après la première année
Le passage du secondaire au supérieur est souvent une épreuve difficile pour les jeunes. Et elle n'est pas sans conséquences… Un bon nombre d'élèves peu préparés ou mal informés échouent ou abandonnent lors de la première bac, année de transition et de sélection.
Échecs, changements d'orientation à répétition… C'est souvent lors du passage aux études supérieures que les jeunes connaissent leurs premiers échecs. Selon les statistiques, ils seraient même près de deux tiers à abandonner ou à échouer au cours de la première année du supérieur, qu'il soit universitaire ou non. Des chiffres plutôt alarmants, qui interpellent : pourquoi ce passage du secondaire au supérieur pose-t-il tant de difficultés ?
On connaît tous, bien sûr, le cas de l'étudiant qui quitte le cocon familial et profite de la liberté de la vie en kot pour fréquenter davantage les soirées que les cours… Mais se contenter de cette seule explication serait bien réducteur. Les facteurs sont en effet multiples, peuvent s'additionner, et tiennent tant aux étudiants qu'à des éléments extérieurs.
« Au moment d'entrer à l'université ou à la haute école, les jeunes se trouvent souvent dans une période de leur vie complexe et trouble », commente Bernard Dehan, psychologue et adjoint à la direction du Service d'aide aux étudiants de l'UCL. « Ils sont confrontés à beaucoup de défis et de responsabilités mais n'ont pas toujours les épaules pour les assumer. Leurs choix d'études peuvent alors être influencés par les parents, par le ‘marketing' dont bénéficie une option… Bref, les jeunes ont souvent une vision biaisée d'une filière. De plus, certains rêvent d'un métier, de débouchés, sans vraiment réaliser ce qu'impliquent les études pour y parvenir. »
Un ulcère révélateur
Comme bien d'autres, Fanny a commis une erreur d'orientation. La jeune fille avait entamé un master en journalisme, qu'elle a abandonné après un an au profit d'une formation en logopédie. « J'ai été obligée d'accepter que je m'étais trompée de voie lorsque j'ai attrapé un ulcère à l'estomac. A ce moment-là, je ne pouvais plus mentir à moi-même ni à mes proches. ». Croyant d'abord que son problème ne concernait que les cours de langues, Fanny s'est rapidement rendu compte que le mal était bien plus profond.
« En consultant d'autres étudiants et des organismes d'orientation, j'ai compris que le journalisme n'était pas mon rêve, mais juste une voie que j'avais choisie au sortir des secondaires, car j'aimais écrire et parce qu'il fallait bien entamer des études ! Mon erreur m'a obligée à me remettre en question et m'a permis de me recentrer sur mes désirs, mais ce fut tout de même un moment difficile ! »
L'école secondaire fréquentée fait partie des éléments pouvant entraîner l'échec dans le supérieur, tout comme les options choisies lors des deux dernières années de ce cycle. Il semblerait en effet que certains établissements informent ou préparent mieux les étudiants que d'autres. « Pour ma part, j'estime que l'enseignement général que j'ai fréquenté ne m'a pas vraiment préparée à l'avenir », confie Fanny. « On ne nous pousse pas assez à réfléchir à notre future voie, et je pense que c'est l'une des raisons pour lesquelles je me suis trompée de chemin… »
L'échec n'est pas un drame
Évidemment, la responsabilité d'informer n'incombe pas qu'aux écoles secondaires : les étudiants, eux aussi, sont censés se renseigner. Ce qui est loin d'être toujours le cas. Une enquête réalisée dans le cadre d'un mémoire en 2008 a prouvé qu'un tiers des rhétoriciens indécis quant à leur choix d'études ne s'étaient tout simplement pas informés avant… Dès lors, peu d'élèves persévèrent dans ces voies qu'ils ont choisies un peu par hasard.
En effet : l'envie de « s'accrocher » est bien plus fréquente chez les jeunes qui sont persuadés d'avoir opté pour les bonnes études, et qui se sentent capables de les réussir. « L'échec ou l'abandon peuvent aussi être causés par certaines lacunes », ajoute Bernard Dehan. « Au sortir des secondaires, les élèves se trouvent souvent dans des situations très inégales, cela en fonction de l'école qu'ils ont fréquentée ou de la manière dont ils ont travaillé. Autrement dit, bon nombre d'entre eux ne maîtrisent pas certains prérequis fondamentaux aux yeux des professeurs du supérieur. » La transition entre le secondaire et le supérieur a bien de nombreuses raisons d'être complexe, mais l'erreur peut être évitée si le jeune s'informe, se prépare et s'oriente sérieusement. D'ailleurs, avec la démocratisation de l'accès aux études supérieures, le nombre d'étudiants qui réussissent croît d'années en années. Enfin, comme le souligne Bernard Dehan : « L'échec ne doit pas être considéré comme un drame, et peut aussi s'avérer une expérience porteuse pour l'avenir. »



