Dave Anderson : un autre regard sur Charleroi
Deux fois deux semaines. C’est le temps que le photographe américain Dave Anderson a passé à Charleroi pour en livrer sa vision photographique. Il n’a pas eu besoin de plus pour réaliser un formidable travail exposé au musée et repris dans un ouvrage dont notre confrère Pascal Lorent signe le beau texte d’introduction.
Avant lui, également invité par le Musée de la photo, Bernard Plossu avait photographié la ville depuis le « ring » qui la ceinture. Anderson, lui, va au plus près des gens et des choses. C’est ce qui avait séduit Xavier Canonne, directeur du musée, lorsqu’il avait exposé en 2008 sa série sur la petite ville de Vidor au Texas. Loin des reportages habituels sur Charleroi-la-sinistrée, il livre ce qu’il voit sans a priori : des familles qu’il croise dans les rues ou qu’il va rencontrer chez elles, des jeunes qu’il regarde comme des égaux, leur rendant leur part de lumière, des mômes qui jouent, rient, rêvent…
Il photographie aussi de nombreux adultes au travail. Postier, boulanger, ouvriers… tous sont concentrés sur leur ouvrage. « Les visages capturés au fil des déclics n’ont pas la beauté plastifiée des magazines féminins », écrit très justement Pascal Lorent. Ils sont bien plus vrais, plus forts que cela. Durement marqués pour certains, encore vierges et plein d’espoir pour d’autres. Les deux se côtoient parfois comme dans ces remarquables images de supporters de foot.
Il saisit aussi des images surprenantes comme ce casque de mineur cabossé sur une brocante, cette peluche abandonnée sur le bord d’une rue pavée ou cette collection de perruques posées sur le dossier d’un canapé.
Mais Anderson sait également parler des hommes en photographiant leur univers : des façades qui en disent long, un cheval de trait dans la neige (car Charleroi existe au-delà de son centre-ville), l’entrée de l’aéroport (avec un très amusant triptyque), une boîte aux lettres déglinguée mais ornée de trois ballons d’anniversaire, un chemin de campagne et un long mur de briques étagé, des architectures industrielles et un champ d’un jaune éclatant avec, tout au fond, la silhouette d’un terril… Comme un vieux souvenir mêlé à une promesse d’avenir.
Musée de la photographie à Charleroi, jusqu’au 20 janvier, www.museephoto.be, 071-43.58.10.



Dave Anderson ? Du très bon côtoie la platitude (plus rare heureusement). Il ne suffit pas de photographier des hommes ou des femmes pour faire de la bonne photographie. Un peu plus compliqué que cela ! Mais déjà tellement mieux que le Plossu (il est connu !) photographiant médiocrement Charleroi. Anderson ? Pas le meilleur photographe de la nouvelle exposition temporaire... Magali Koenig : remarquable, mais on n' en parle pas ici. De même qu'on ne signale pas ici qu'on aurait pu faire appel à des locaux pour peindre photographiquement Charleroi. La photographie ? Un monde fermé où l'on valorise les photographes qui ont la cote, qu'ils soient bons ou mauvais. On ne changera pas le monde de la photographie toujours boosté pour le moment par certains critiques de journaux (Wynants ou Bodson) ou certains galeristes qui choisissent ce qui est vendable, que ce soit bon ou mauvais. On ne changera pas le monde, mais l'exposition est belle et mérite le détour.