« Ici, les gens sont totalement eux-mêmes »
Le photographe américain a été invité par le Musée de la photo à livrer sa vision de Charleroi. Il a photographié la ville avec le respect et la tendresse que lui inspirent les lieux injustement décriés
Entretien
Ma fwançais est terribwe », annonce-t-il d’entrée de jeu. Pourtant Dave Anderson, né en 1970 aux Etats-Unis, a arpenté Charleroi en tous sens sans le moindre problème et su se faire accepter par les habitants. Une question d’empathie et de respect.
Qu’est-ce qui vous a attiré dans cette ville ?
J’aime photographier des lieux avec différentes personnalités. Charleroi est parfait à ce point de vue. Je viens d’un état industriel aux Etats-Unis et j’ai beaucoup de respect pour l’histoire industrielle et ouvrière. A travers mes photos, vous pouvez constater que j’aime beaucoup les gens d’ici. Ce sont eux qui m’intéressent et c’est en eux que j’ai trouvé la beauté de cette ville. Je n’ai pas cherché à faire un truc pour le bureau du tourisme.
Pourquoi cet intérêt pour le monde industriel ?
J’ai quitté ma ville natale pour étudier et j’y suis du même coup devenu beaucoup plus attaché. Depuis, j’éprouve beaucoup de respect pour ces lieux dotés d’une forte identité.
Tout le monde peut frimer en disant : « Je viens d’Hollywood. » Je préfère les gens qui sont fiers de venir de lieux plus improbables.
Je m’intéresse aux lieux qui ont une image injuste. Cela permet d’explorer les stéréotypes. Certains sont vrais, d’autres sont faux.
Vous vouliez démontrer que certains de ces clichés sur Charleroi sont faux ?
Non, je ne voulais pas prouver quoi que ce soit. Mon but est juste de montrer ce que je vois.
Vous avez du mal avec le français. Comment êtes-vous entré en contact avec les gens ?
Tout le monde comprend ce qu’on veut faire quand on arrive avec un appareil photo. Ce qui m’a frappé ici, c’est la gentillesse et le naturel. Aux Etats-Unis, dès qu’on photographie les gens, ils sourient, prennent la pose. Ici, ils sont totalement eux-mêmes.
Vous avez peu photographié l’univers des mines et le plus souvent c’était en arrière-plan comme dans cette image où on ne voit les restes du puits que derrière un rideau d’arbres…
Elle est très importante. Elle montre le temps qui a passé depuis la fermeture et, en même temps, le fait que cela reste très présent dans les mémoires. C’est étonnant de voir comment ces terrils sont devenus de belles collines verdoyantes. C’était totalement « in-attractif » et c’est devenu très beau. Il y a là une complexité et une contradiction qui m’intéressent beaucoup.
Qu’aimez-vous dans les bâtiments industriels ?
Pour moi, c’est comme les châteaux du passé. Eux, on va les visiter. Pourtant, il n’y a pas moins de travail, moins de talent dans la construction de ces usines. Et on y a accompli bien plus de choses…


