Des metteurs en scène avec subsides, mais sans théâtre

Stagiaire
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Ce soir, Olivier Boudon monte « Cible mouvante » au quatrième étage du Dexia Art Center.

Autour de l’impressionnante cage vitrée qui traverse verticalement l’ancien Dexia Art Center, Olivier Boudon présente dès ce mardi soir Cible mouvante de Marius von Mayenburg. Un lieu inattendu pour cette création d’un metteur en scène de 32 ans dont on a notamment pu voir une version des Exclus d’Elfriede Jelinek au théâtre Varia.

En 2011, Olivier Boudon dépose un dossier à la C.A.P.T. (Commission d’aides aux projets théâtraux, organisme relevant du ministère de la Culture) et reçoit une subvention pour sa nouvelle création. Malgré ce soutien financier et une équipe de haut vol, tant sur le plateau qu’en coulisses, le jeune metteur en scène ne trouve aucun théâtre pour le coproduire. « À partir du troisième projet, le dossier doit inclure le nom des lieux qui s’engagent à le programmer, explique-t-il. Pour les deux premiers, ce n’est pas le cas. » On peut donc être subventionné pour créer… mais n’avoir aucune possibilité de jouer.

Une forme d’indépendance

Olivier Boudon décide dès lors de trouver un lieu par lui-même. Il obtient de la Ville de Bruxelles un étage de l’ancien Dexia Art Center (pour la durée du spectacle). « La difficulté a été de faire ici, nous-mêmes, tout ce qui est normalement pris en charge par un théâtre », constate-t-il. « Mais c’est une belle opportunité. Pour le travail artistique d’abord. La scénographie du lieu est en lien direct avec les thématiques de la pièce. Et puis ça a donné une valeur particulière au travail de l’équipe. On s’est inscrit dans une forme d’indépendance vis-à-vis des institutions. »

Son cas n’est pas isolé. Manuel Pereira a décidé de rendre le subside octroyé par la C.A.P.T., faute de lieu. « Pour obtenir des soutiens en Belgique, c’est la croix et la bannière », explique le metteur en scène de 46 ans.

Cette situation serait due à la précarité financière du secteur théâtral, selon la directrice du Varia, Sylvie Somen : « Les subventions liées aux contrats-programmes des théâtres n’ont pas été indexées depuis deux ans. Mais les salaires, si. Et le coût de la vie a augmenté. Cela se reporte malheureusement sur l’artiste. »

Caspar Langhoff a créé cette année son premier spectacle subsidié, Gouttes sur pierre brûlante, dans une ancienne fabrique d’éponges bruxelloise. Pour lui, créer en dehors des cadres conventionnels, mais avec un soutien financier, reste une aubaine : « Vu les moyens dont jouit le secteur, salle de théâtre ou pas, nous aurions de toute façon répété dans des conditions difficiles. Créer en dehors des théâtres pose un cadre technique et esthétique, dans lequel on ne peut dissimuler la réalité de notre pauvreté derrière un outil tape à l’œil. On fait avec ce qu’on a, c’est-à-dire avec ce qu’on est », explique-t-il. Tout en pointant « la difficulté de rencontrer le grand public quand on crée hors des lieux identifiés ».

Du 2 au 13 octobre, ancien Dexia Art Center, 50 rue de l’Ecuyer 1000 Bruxelles, www.schieve.be, 02-537.01.20.

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