Le théâtre donne corps aux sans-voix
Les oubliés de la mondialisation trouvent leur place sur nos scènes. « Ghost Road » donne la parole à ceux qui se sont éloignés du monde. « Les invisibles » met en lumière celles que l’on ne regarde pas.
D’un côté, des hommes et des femmes qui ont choisi de tout quitter. De l’autre, des femmes qui n’ont jamais eu d’autres choix que d’accepter les boulots les plus humbles. D’un côté l’Amérique, de l’autre le Nord de la France. Entre les deux, un point commun : l’inadaptation au monde.
Au Théâtre National, Fabrice Murgia met en scène l’histoire d’hommes et de femmes qui, arrivés à un certain âge, ont tout quitté et sont repartis de zéro. Mêlant monologue inspiré, témoignages filmés, interventions chantées, scénographie subtile et révélatrice, Ghost Road est un formidable road movie théâtral.
Le terme peut aussi s’appliquer aux Invisibles, libre adaptation du Quai de Ouistreham de Florence Aubenas. On y plonge dans la réalité de femmes sans qualifications prêtes à accepter des « heures » (« aujourd’hui, plus personne ne trouve d’emploi, on trouve des heures », rappelle l’une d’elles) dans les boulots les plus pénibles. Ici, leur quotidien devient une sorte de road movie où défilent personnages et paysages nous faisant ressentir physiquement et émotionnellement la réalité de ces vies.
Les héros de Ghost Road ont choisi de s’éloigner du monde. Les femmes des Invisibles sont de la génération suivante. C’est le monde qui ne leur trouve plus de place. Le théâtre permet aux uns et aux autres de se faire enfin entendre.
« Ghost road », jusqu’au 6 octobre au Théâtre National, www.theatrenational.be
« Les invisibles » jusqu’au 13 octobre à Océan Nord, www.oceannord.org


