Le Collectif Mensuel kidnappe Lakshmi Mittal
Adapté du roman de Nicolas Ancion, « L’homme qui valait 35 milliards » se crée à Liège, rattrapé par une actualité glaçante.
On savait le théâtre prompt à accompagner, voire dénoncer, les drames de son époque mais rarement a-t-on vu une pièce coller si étroitement à l’actualité. Alors que se joue un bras de fer déterminant entre Lakshmi Mittal, patron du plus grand groupe sidérurgique mondial, et les métallurgistes liégeois, autour de l’avenir de leur activité et de toute une région, le collectif Mensuel y va de son petit pavé dans la mare avec la création de L’homme qui valait 35 milliards, adaptation du roman de Nicolas Ancion. Alors que le géant indien souffle le chaud et le froid dans un chantage féroce avec les ouvriers et la Région wallonne, la pièce fait chauffer cette marmite à blanc, avec l’humour comme base de ses alliages.
L’auteur liégeois y imagine l’enlèvement de Lakshmi Mittal à Liège par une bande de pied-nickelés emmenés par un artiste en mal de reconnaissance et un ouvrier désespéré de la sidérurgie. En réaction à la fermeture du site Arcelor, un plasticien kidnappe Lakshmi Mittal pour lui faire réaliser une série d’œuvres d’art, en vue d’une performance politico-artistique. Outre un Picasso et un urinoir à la manière de Duchamp, le grand patron indien doit réaliser une photo dans le style de Spencer Tunick. C’est dans ce cadre que le collectif Mensuel – que l’on connaît déjà pour ses régulières revues théâtrales satiriques – organisait au printemps dernier un tournage et une photo de foule dans la banlieue de Liège, une centaine de bénévoles étant invités à se déshabiller et à s’exposer dans leur plus simple appareil pour une prise de vue intégrée à la mise en scène de la pièce. Un acte artistique et humoristique à forte portée symbolique pour évoquer une crise économique qui dépouille de nombreux travailleurs. Un acte politique inspiré d’une réplique de la pièce : « Mittal nous a tout pris mais on reste digne. A poil mais la tête haute ! »
Cette préparation audiovisuelle augure donc d’une œuvre qui mêlera allègrement les formes, entre le jeu d’acteurs, la création vidéo et la musique live, dans une sorte de faux thriller politico-social dont le personnage central est la ville de Liège. Une pièce qui mêle art et activisme politique mais se veut aussi drôle et ludique. Une dimension politique s’ajoute au projet puisqu’il s’inscrit dans le cadre d’une initiative européenne visant à s’interroger sur la reconversion des villes industrielles à travers la mise en place d’une série d’activités artistiques, culturelles et citoyennes. La pièce voyagera donc, la saison prochaine, entre l’Assemblea Teatro de Turin en Italie, la Scène nationale du bassin minier du Nord de la France, la Kulturfabrik d’Esch-sur-Alzette au Luxembourg et le Theater Antigone à Courtrai.







