Plus qu’un « presse-bouton » !
Le Néo-louvaniste ne fait pas que parler d’écologie. Il la vit au quotidien. Et la politique, il la conçoit en essayant de faire comme si l’avenir existait déjà…
Portrait
Non, il n’a pas de voiture. Celle qui est garée devant chez lui dans le quartier de la Baraque, à Louvain-la-Neuve, l’est en fait sur un parking… de l’UCL. D’ailleurs, le voilà. Il arrive à vélo : « Ça monte depuis Ottignies mine de rien… Mais venez, installez-vous. » Il fait agréable dans sa maison : « J’espère ne pas chauffer avant le premier novembre. » C’est que l’homme vit l’écologie, avant d’en parler. Panneaux solaires et photovoltaïques en témoignent. Il ne mange que très peu de viande et fait même son vin de fruits, « parce que c’est surtout amusant. En fait, j’aime vivre la simplicité heureuse. Je n’ai vraiment pas l’impression de me priver ».
Hadelin de Beer de Laer, 51 ans, marié, un fils entré à l’université, se souvient encore quand tout a commencé : « Quand j’avais quatorze ans, j’ai présenté une élocution sur la dioxine que l’on donnait à manger aux poulets. Quelqu’un a dit dans la classe que j’allais faire de la politique. J’ai ressenti comme un choc. Cela n’a fait que cristalliser ce qui était déjà en moi. J’étais pacifiste, tiers-mondiste, quart-mondiste. Et quel parti représentait cela à l’époque ? Écolo évidemment. »
Le voilà alors à Louvain-la-Neuve. Adieu Ternat. Dès la première année d’études, il est élu délégué des étudiants à l’AGL et découvre les serres de la Baraque. Il s’est tout de suite senti chez lui, avec l’envie de vivre ses idées. D’abord objecteur de conscience, poursuivi comme déserteur, mais il gagne au Conseil d’État. Et tout de suite l’implication dans Vivre Autrement, avec une première élection en 1988 : « J’ai obtenu une centaine de voix. Un beau score à l’époque, mais pas de quoi être élu. » Il faudra attendre 1994 pour qu’il entre au conseil, une salle qu’il n’a plus quittée depuis : « J’ai eu la chance de vivre le militantisme du bon côté, celle de la majorité. » Encore que… Son témoignage dans le livre Vie politique, vraie vie qui vient de sortir chez L’Harmattan-Academia raconte ce qu’il a vraiment vécu.
« Il faut que les gens se rendent compte qu’être conseiller, c’est être presse-bouton. Au mieux une brosse à reluire, lance-t-il. On met longtemps à comprendre qu’en réalité, on est sur un bateau, avec un capitaine que l’on a choisi, et qu’il nous faut tous ramer dans le même sens, à la même vitesse. Une sorte de contrat de mariage. Je me souviens de ma première motion contre le nucléaire. Moi, je ne faisais qu’appliquer les consignes d’Écolo, mais j’ai surpris tout le monde, même les miens. Et je me suis fait taper sur les doigts. »
Hadelin de Beer de Laer a fait le calcul : « Sur mille propositions votées au conseil, trois sont retirées parce que la minorité estime ne pas avoir assez d’éléments, tandis que trois sont modifiées en conseil par les élus de la majorité. Cela vous donne la marge de manœuvre. Il ne reste plus finalement que le rôle d’animateur politique. Ce que j’ai beaucoup apprécié. »
Prévoir l’avenir
Comment changer ? « Je n’en parle pas dans mon livre, mais il faudrait mettre en place des séances publiques pour discuter d’un dossier que l’on sait arriver à maturité dans les six mois à venir. Chacun pourrait ainsi exposer ses idées. Et de la confrontation sortirait un bon dossier. »
N’est-ce pas le but même des élections ? « Tout à fait. Et je ne me prive pas d’exposer mes idées. D’autant que là où j’ai pu agir utilement, c’est au sein du groupe OLLN 2050. Il faut qu’on se rende compte que l’on ne disposera plus à cette date que de 30 % de l’énergie que l’on consomme aujourd’hui. Comment s’y préparer ? Je pense par exemple au parking du RER que l’on va construire en face de chez moi. Une nuisance certes, mais je me suis battu pour que les lieux puissent être conçus de manière à devenir des ateliers en cas de besoin. On va devoir retransformer des objets cassés en nouveaux. Cela va développer des emplois manuels et intellectuels. Avec l’UCL, je pense qu’il faut déjà lancer des clusters dans ce domaine, ou dans celui de la santé et des technologies. Je suis de ceux qui pensent qu’un homme politique n’est bon que s’il prévoit l’avenir comme s’il était déjà là aujourd’hui… »







