Le mouton remplace la tondeuse

Edition numérique des abonnés

La pelouse rasée de près, minutieusement arrosée et jumelée à des parkings où les herbes rebelles sont brûlées à coup d’herbicides est un gage de respectabilité pour une entreprise installée dans un zoning. Mais le regard change. A Villers-le-Bouillet, les 3.000 m2 de pourtour du Data Center de la société WIN (Nethys, ex-Tecteo) n’est qu’est herbe folle et menus crottins déposés par une quinzaine de moutons de l’île d’Ouessant. Des bêtes trapues et rustiques qui se contentent de peu d’eau et aiment brouter à l’ombre, sous les panneaux photovoltaïques, là où un jardinier attraperait un lumbago s’il voulait y passer la faucheuse.

«  Le recours à l’éco-pâturage est un choix environnemental et économique, explique Philippe Naelten, CEO de la société WIN qui gère le Data Center. Cela nous évite des émissions de gaz à effet de serre, de la consommation d’énergie fossile, du bruit et de la pollution. De plus, cela nous revient à un tiers du prix demandé par une entreprise de parcs et jardins classique qui débarque avec tondeuses et débroussailleuses, une fois par semaine à la belle saison. Le pâturage favorise également la biodiversité. Prochainement, nous allons d’ailleurs planter une haie autour de la zone pour aller plus loin dans la démarche et doubler le nombre de panneaux photovoltaïques qui, actuellement, permettent de couvrir 40 % de la consommation du data center en été. »

Les petits béliers aux yeux de Belzébuth sont fournis par l’ASBL liégeoise « Eco-pâturage » qui signe là son premier contrat d’entretien à grande échelle. «  Nous avons placé de très petits moutons, très robustes qui sont de bonnes petites tondeuses. Nous les laissons toute l’année. Nous demandons juste au client de fournir le fourrage pour l’hiver, explique Matta Bash, membre de l’ASBL en train d’aider son collègue qui réalise l’entretien annuel de l’ovidé : tonte, taille des sabots et traitement au vermifuge.

Menée depuis le mois d’avril, l’expérience va s’adapter aux réalités du terrain. «  Nous devrons peut-être prévoir plus de moutons, explique Philippe Naelten. À un moment donné, une fois par an, nous devrons passer avec un tracteur pour couper les hautes herbes sèches et ne faire des ballots car le mouton laisse parfois certaines herbes », ajoute Matta Bash qui espère que d’autres sociétés font faire appel à l’ASBL pour entretenir leurs parcs et jardins. «  Ce qui nous motive, c’est de voir le retour d’autres animaux dans le périmètre occupé par les moutons. »

«  En plantant des haies, poursuit Philippe Naelten, nous allons augmenter le nombre d’habitats protégés. C’est une modeste contribution mais qui a toute sa logique dans une approche transversale de la société Nethys tournée vers le développement durable. Nous préférons des abords a priori moins bien entretenus mais qui, au fil du temps, vont produire un espace vert beaucoup plus riche qu’une pelouse aux allures de terrain de golf. » Un changement de regard qui contaminera peut-être d’autres entreprises ceinturées de généreux espaces verts.

 
 
 
 
 
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous