Chauffagiste, un métier en proie à la pénurie
Raphaël Beeckmans est le patron de Sanydro, une société spécialisée en installations HVAC basée à Schaerbeek. Il donne également cours à l’EFP (l’Espace formation PME Infac-Infobo) situé à Uccle.
Des étudiants désireux de se lancer dans le métier de chauffagiste (ou des professionnels soucieux de se spécialiser), il en voit défiler à longueur de semaine. Et son constat n’est malheureusement guère réjouissant. « Aujourd’hui, le chauffagiste n’est plus un simple placeur de tuyaux, explique-t-il. Il faut des compétences en hydraulique, en régulation et en électricité. Certaines applications requièrent presque un diplôme de type long, avec au moins trois années passées dans le supérieur. »
Or, ce profil-là, Raphaël Beeckmans n’en voit pas. « Au niveau des jeunes âgés de 18 à 25 ans, il n’y a pas, ou plus, d’étudiants, concède-t-il. Et le niveau d’enseignement s’en ressent. Les causes ? Chauffagiste est un métier physiquement éprouvant et, comme toutes les autres professions liées à la construction, il est perçu comme ingrat par des jeunes qui rêvent avant tout d’un boulot où ils vont travailler en costume et, surtout, qui leur procure un GSM et une BMW de fonction. »
Mais ce n’est pas tout. « L’évolution des techniques effraye les jeunes mais il y a aussi chez ces derniers une fainéantise générale qui fait qu’ils se contentent de connaissances assez basiques, poursuit l’enseignant. Ils manquent de curiosité alors qu’elle est fondamentale car l’école n’apprend pas tout… »
Souvent le mercredi soir et le samedi (mais ses horaires peuvent fluctuer), Raphaël Beeckmans dispense ainsi son savoir à une brochette de profils très différents. Un dénominateur commun toutefois : la majorité de ses élèves n’ont rien comme diplôme. « Aujourd’hui, les meilleurs techniciens ne sont pas des chauffagistes mais des passionnés qui s’intéressent à l’évolution constante des modes d’énergie actuels. Mon meilleur élève était imprimeur… »
Le constat est également inquiétant lorsqu’on aborde la situation des chauffagistes actuels, c’est-à-dire ceux qui exercent leur métier depuis parfois 20 ou 30 ans. « Beaucoup ne savent pas prendre des mesures de combustion, calculer le débit de gaz d’une chaudière ou en dimensionner la puissance, relève ainsi Raphaël Beeckmans. Savez-vous que près de 90 % des installateurs sont incapables de faire des calculs de déperditions. C’est notamment la raison pour laquelle on se retrouve avec beaucoup de chaudières beaucoup trop grandes en Belgique ! C’est un métier où l’on travaille par habitude. Certains n’ont pas pris le train en marche et sont aujourd’hui largués. D’autres, en fin de carrière, n’ont aucune intention de retourner sur les bancs de l’école et cela peut se comprendre. »
Pour Raphaël Beeckmans, comme pour beaucoup de ses collègues, l’énergie sera le défi majeur de ce siècle. « Et il ne faut pas être chauffagiste pour s’en apercevoir, conclut-il. Les nouvelles réglementations vont entraîner un surcroît de travail. Pour 2015, il y aura notamment un parc de chaudières à remplacer or nous allons manquer d’installateurs. C’est inquiétant. »
A l’avenir, il faudra se recycler ou mourir…
L’évolution des technologies en chauffage entraîne un problème en amont : la pénurie de professionnels spécialisés.
Aujourd’hui, le traditionnel chauffagiste auquel nous faisons tous appel pour l’entretien (ou la panne) de notre chaudière est contraint de se perfectionner en permanence s’il veut rester « à la page ».
Car on lui demandera bientôt – mais c’est déjà le cas – d’être à la fois spécialiste des brûleurs au mazout, électrotechniciens, voire encore « frigoristes » (pour l’installation de systèmes d’air conditionné).
Pas évident pour une corporation qui compte une main-d’œuvre qui effectue le même travail depuis parfois de longues années. « Selon moi, l’avenir est clair, explique Alain Van Langeraert. Le “simple” chauffagiste qui refuse de se spécialiser restera petit, c’est-à-dire qu’il devra se contenter d’effectuer les réparations et autres entretiens classiques. Les autres intégreront de plus grosses structures où les différentes spécialisations seront réparties sur plusieurs personnes. »
Un bémol toutefois : les systèmes de chauffage en Belgique étant encore dans une très grande majorité classiques (la bonne vieille chaudière au gaz ou au mazout n’est pas encore morte, loin de là…), les agendas des chauffagistes ne sont pas près de s’épuiser de sitôt. Mais à plus long terme ?
Le problème semble d’ailleurs d’autant plus profond qu’il trouve une autre de ses racines dans l’enseignement. « Le métier de chauffagiste est un métier qui rapporte beaucoup, poursuit notre interlocuteur. Croyez-moi, certains gagnent plus que vous et moi réunis ! Or, on constate un nombre d’étudiants nettement insuffisant dans les écoles spécialisées. Et ce manque entraîne un niveau de formation revu à la baisse dans le secteur HVAC (NDLR : chauffage, ventilation, airco) alors que l’évolution fulgurante de la technologie nécessite, au contraire, toujours plus de spécialistes hautement qualifiés. Et malheureusement, rien ne laisse présager que la situation va s’améliorer… »


