Vuitton bâtit le Paris du XXIe siècle

Daniel Couvreur
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Le nuage d’acier et de verre de Frank Gehry rivalisera avec la Tour Eiffel.  La maquette futuriste de l’édifice a été dévoilée ce week-end au public.  Nous avons pénétré sa poésie et ses secrets.

PARIS

De notre envoyé spécial

En 1860, Napoléon III inaugure le Jardin d’acclimatation : 19 hectares en lisière du Bois de Boulogne, où Paris expose des animaux exotiques mais aussi des Indiens, des Africains, des Lapons, des Cosaques dans ce qu’on appelle alors des « exhibitions de sauvages » ! À la fin du XIXe siècle, le Jardin accueille un monumental Palais d’Hiver : 8.000 mètres carrés de fer et de verre, avec cascades, grottes artificielles, jardins tropicaux et un palmarium, où 5.000 personnes se pressent pour écouter savants et explorateurs…

Pour raviver la mémoire de ce joyau disparu, l’architecte américain Frank Gehry bâtit aujourd’hui sur le site un vaisseau transparent de voiles de verre, commandité par le groupe Louis Vuitton Moët Hennessy (LVMH), nº1 mondial du luxe, dirigé par Bernard Arnault, le milliardaire français qui souhaite obtenir la nationalité belge. LVMH a repris la concession du Jardin d’acclimatation dans les années 1980, lors du rachat de l’empire textile Boussac dont faisait partie Christian Dior. Arnault souhaite y construire sa Fondation Louis Vuitton pour l’art contemporain, « cadeau pour Paris et les Parisiens » de 100 millions d’euros.

Star mondiale de l’architecture, l’Américain Frank Gehry est l’auteur du célèbre Musée Guggenheim de Bilbao (lire ci-contre). Plus de 400 personnes œuvrent actuellement sur le chantier de la Fondation Vuitton. Samedi, dans le cadre de la Nuit Blanche de Paris, la maquette définitive du geste de poésie futuriste de Gehry a été pour la première fois exposée au public, à la Cité de l’architecture du Trocadéro. Dédié au rayonnement de l’art et de la culture, l’édifice a l’ambition de polariser tous les regards et de s’imposer comme le bâtiment emblématique du progrès, en écho à l’esprit avant-gardiste de la Tour Eiffel en 1889.

Frank Gehry utilise pour seuls outils l’audace et l’émotion : « J’ai tout simplement à cœur, dit-il, de concevoir à Paris un vaisseau magnifique qui symbolise la vocation culturelle de la France. » L’histoire du Jardin d’acclimatation lui a inspiré les volutes de cette composition de douze voiles de verre, constituées de 3.500 panneaux courbes dont chaque pièce est unique. Des cerveaux électroniques ont travaillé des milliers d’heures pour façonner les moindres détails. Jamais les potentialités de la modélisation en 3D n’ont été poussées aussi loin. Le vrai tour de force, c’est d’avoir mis cette technologie de pointe au service de l’imaginaire. L’ovni de Gehry dégage une formidable émotion organique.

Devant la maquette, l’architecte Pierre David explique comment « Frank Gehry a cherché à matérialiser la lumière à travers une enveloppe inspirée de l’environnement du Jardin d’acclimatation. » De véritables « peaux de verre captent la lumière et invitent à la balade architecturale. » Pierre David n’hésite pas à parler de « cathédrale du futur habitée par une nouvelle poésie de l’espace. » Les œuvres exposées à la Fondation Vuitton proviendront des collections de LVMH et de Bernard Arnault, classé dans le Top 10 des plus grands mécènes de la planète.

Il y a dans ce patrimoine exceptionnel des joyaux de l’art contemporain signés Jeff Koons, Richard Prince, Picasso, Mark Rothko, Yves Klein, Henry Moore, Andy Warhol ou Richard Serra pour n’en citer que les mieux cotés. « La Fondation Vuitton est le projet culturel privé le plus important du XXIe siècle en France et le bâtiment le plus avant-gardiste en chantier à Paris », affirme Christian Reyne, directeur général délégué de la Fondation Vuitton. Si François Hollande n’a pas encore réenchanté la France, Frank Gehry a compris, lui, comment la faire rêver d’un simple coup de crayon.

Osez la rencontre !