Tensions autour des logements publics

Julie Schyns
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La Région wallonne incite chaque commune à atteindre la barre des 10 % de logements publics. Impensable pour certaines entités. D’autres communes, au contraire, sont largement au-dessus de ce chiffre. Cette disparité crée des tensions entre les communes et au sein des entités, entre majorité et opposition. Petit tour d’horizon.

  • <p>A Flémalle, certains dans l’opposition estiment qu’il y a trop de logements sociaux. © Michel Tonneau.</p>

    A Flémalle, certains dans l’opposition estiment qu’il y a trop de logements sociaux. © Michel Tonneau.

En province de Liège, certaines communes ne disposent d’aucun logement public. Alors que, dans le haut du classement, on retrouve des entités où la part de logements publics représente près d’un quart du parc immobilier. Passé industriel, majorité politique en place, taille de la population permettent d’expliquer cette différence abyssale.

La Région wallonne incite toutes les communes à tendre vers la barre minimale des 10 % de logements publics d’ici à 2014 Un chiffre souvent jugé inatteignable par les petites entités rurales.

Crisnée, commune de 3.000 habitants, ne comptabilise actuellement qu’un logement d’urgence. « On planche sur un projet de quatre appartements sociaux, on a acquis 4 hectares pour construire des logements moyens, commente Philippe Goffin, bourgmestre (MR). On sait qu’un effort doit être fait mais il faut être réaliste, 10 % de logements publics, pour nous, ça représente 130 maisons ! »

Au cabinet de Jean-Marc Nollet, ministre wallon du Logement, on précise : « Ce qu’on demande c’est que les communes montrent, via le plan d’ancrage communal, qu’elles sont prêtes à faire des efforts ». Sous peine de quoi, les communes ne s’intégrant pas dans cette démarche positive, se verront attribuer des amendes.

À l’autre extrême, dans le top du classement, on retrouve Seraing. Un statut de premier de classe pas toujours facile à assumer. « Quand j’entends un homme politique dire que les communes socialistes sont les plus taxées, je trouve ça un peu facile, dénonce Alain Mathot, bourgmestre (PS) de Seraing. Si chaque commune atteignait les 10 % de logement public, ce ne serait pas le cas ! Car, à Chaudfontaine, par exemple, je ne vois pas de logements sociaux ! ».

En septembre 2011, Alain Mathot avait lancé un projet de fusion par absorption des trois Sociétés de Logements Publics (SLSP) actives sur son territoire au sein de son intercommunale « Immobilière publique », afin de sortir du giron de la Société wallonne du Logement (SWL). « Les règles d’attribution des logements sont trop contraignantes, affirme le bourgmestre de Seraing. Je ne peux pas attribuer les logements publics de mon territoire à des Serésiens. Aujourd’hui, chaque fois que je perds un locataire qui paie le loyer maximum, il est remplacé par une personne dans une situation de grande difficulté. Cela ne permet pas la mixité et donne lieu à des ghettos invivables ! »

Le projet avait directement été contrecarré par la SWL qui a mis fin au processus de fusion et absorption. Les trois SLSP ainsi que la Ville de Seraing ont attaqué cette décision au Conseil d’État. Au cabinet de Jean-Marc Nollet, on estime que le problème est réglé : « La modification de l’arrêté organisant l’attribution des logements – qui entrera en vigueur le 1er janvier 2013 – répond aux critiques formulées par Alain Mathot. Plus la commune dispose de logements publics, plus elle pourra attribuer ses logements aux personnes bénéficiant de revenus moyens. Le but est d’assurer ainsi une plus grande mixité sociale ».

Dans l’état actuel des choses, la disparité des logements publics crée non seulement des tensions entre les communes mais en cette période électorale, la question génère également des querelles entre majorité et opposition. Petit tour d’horizon.

Vos réactions

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1. alav dit le 11/10/2012, 11:19

A Liège, il faut aller plus loin. La majorité offre un boulevard aux promoteurs, aux privatisations, et ne règle pas vraiment le problème. Ne sombrons pas dans les extrêmes : débattons, avançons. Une coopérative citoyenne, c'est très bien. Avec un programme réfléchi et épais, c'est encore mieux. http://vega.coop/programme/logement-public.html

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