Amin Maalouf: «Il n'y a aucune vision politique en matière d'intégration»
C’est l’écrivain franco-libanais Amin Maalouf qui est l’invité du Grand Oral RTBF/Le Soir, alors que s’ouvre le 14e sommet de la Francophonie.
L'écrivain franco-libanais Amin Maalouf était l'invité du Grand Oral (La Première - Le Soir) ce samedi en radio. L'occasion pour l'auteur des « identités meurtrières » de revenir longuement sur les questions d'intégration de gestion de l'immigration qui se posent un peu partout en Europe aujourd'hui. « Ce n'est jamais facile d'organiser la coexistence harmonieuse de gens différents dans un pays, dans un quartier, dans une ville (.) malheureusement mon sentiment c'est qu'il n'y a pas de vision politique aujourd'hui en matière d'immigration. On est constamment dans des décisions médiatiques ou des solutions immédiates. Je ne vois nulle part une vision de long terme»
Parcours d'intégration utile
Et Amin Maalouf donne sa définition de l'intégration. « Intégrer ce n'est pas mettre côte à côte des gens différents en les laissant développer, dans des sortes de ghettos, chacun sa culture en fonction de ses traditions. Pour moi, l'intégration doit tendre à la création d'une communauté nationale ou les gens qui étaient dans le pays et les gens qui arrivent dans le pays ont le sentiment d'une appartenance commune. C'est cela qu'il faut construire ».
De ce point de vue l'écrivain juge positive l'idée d'un parcours d'intégration « à condition que les gens qui suivent ce cheminement sentent qu'il y a une contrepartie, qu'ils auront des droits. Je ne pense pas qu'un pays d'accueil soit une feuille blanche où chacun pose ses bagages. On arrive dans un pays, on a des droits et des devoirs. Le devoir de s'intégrer, le droit de s'intégrer»
La religion comme phénomène identitaire
Questionné sur le port du voile Amin Maalouf fait ce constat : « le phénomène religieux aujourd'hui est beaucoup plus un phénomène d'affirmation identitaire qu'un phénomène de foi » et l'académicien pense que l'affichage de signes religieux ostensibles ne s'arrêtera que s'il y a une véritable intégration, comme une conséquence naturelle. Vision utopiste ? « J'ai conscience de naviguer à contre-courant » dit l'académicien qui assène ce constat : « nous sommes en train de retourner en arrière, pour moi il y a un véritable risque que ce siècle soit celui de la régression morale».
Vos réactions
Voir toutes les réactions ah! quel homme plein de bon sens!!! si on pouvait avoir des politiciens de cette trempe!!! si on pouvait avoir des politiciens qui voit le pays a long terme et non le temps de leur petit mandat... Je viens du Quebec, et la-bas il y a vraiment un travail d'integration autant pour les nouveaux arrivants que pour les quebecois et c'est capital; et ca marche plutot bien!!! mais c'est un boulot a long terme qui se passe autant dans les ecoles, dans les medias, dans la pub et dans un parcours d'integration a l'arrivee... il ne faut pas oublier que le changement est difficile pour tous et ici on oublie tout le monde... on oublie aussi que ce melange peut etre une grande richesse pour tous s'il y a integration! que les politiciens vous lisent Amin Maalouf!!!
Nos chers politiques devraient écouter les avis intelligents tesl celui-ci, plutôt que de réagir à chaque évènement en brossant l'électeur dans le sens du poil pour se plaindre ensuite du "populisme". Que font-ils d'autres que du populisme lorsqu'il votent des lois à chaud, suite à des évènements très médiatisés. On pourrait imaginer que les cours de religion soient remplacés par des cours de citoyenneté, ce serait plus utile et intelligent. Mais nos élus ne sont hélas ni l'un ni l'autre, et sont uniquement préoccupés par leur carrière et leurs avantages. Le reste ne compte pas.
Les politiciens francophones Ils ont un strategie claire: plus d'electeurs francophones. La flandre a des idee claires, mais pas possible avec la belgique francophone.
Y-a-t-il intégration des valeurs européennes dans un certain nombre de pays qui ont été victimes de la colonisation européenne ? Ces états n'ont-ils pas été exigeants quant à la réintégration de leurs fondamentaux et c'est logique. Au Maroc, la justice est plutôt expéditive : une juridiction règle 2 ou 3 affaires criminelles en un après-midi, ici une Cour d'Assisses peut délibérer sur un même objet 1ou 2 semaines. Le respect de nos normes n'est donc pas évident. De là à regretter les difficultés d'intégration de ces population et à considérer que c'est la seule population accueillante qui est en défaut, il y a un abîme qu'on ne peut franchir. Une question plus fondamentale qu'on n'ose aborder dans notre société:où et quand un débat a- t-il été organisé sur les fondements de l'immigration. Si celle-ci se justifiait jusqu'en 1974, le marché du travail et les évolutions économiques de notre société n'autorisent plus la même vision,sauf considératio[...]









Madame Delvaux, je vous félicite pour avoir invité ce penseur qui est un classique des cours d'anthropologie et dont le livre, Les identités meurtrières, m'a inspiré pendant mes études et m'inspire encore aujourd'hui. Franchement, BRAVO!