
lundi 09 octobre 2006, 09:27
ANVERS
S ur le coup de 23 heures, c'est le délire au siège du SP.A., le parti de Patrick Janssens, vainqueur de la bataille d'Anvers. Son Q.G. de campagne est installé à la Maison des cultures, sur le quai Wallon, précisément là où, il y a huit jours, le concert 0110 électrisait les coeurs et les énergies pour la tolérance, contre le Vlaams Belang. L'initiative de l'Anversois Tom Barman, le chanteur de dEUS, a contribué à jeter des poignées de sable dans la mécanique sinistre du Vlaams Belang. Cette fois, c'est fait : le parti de Filip Dewinter n'est plus dominant dans la Métropole. Le parti de Patrick Janssens a réussi à terrasser le géant, à l'instar de Brabo, le symbole d'Anvers. Il gagne 10 sièges, passant de 12 à 22, contre 20 au Vlaams Belang, qui doit se contenter d'un statu quo.
Au Q.G. du SP.A, les anonymes, venus en familles, en bande de copains, en couples mixtes, ont été rejoints par les intellos et les artistes qui ont crié haut et fort, bien plus que les partis, leur aversion pour le parti de la haine et du négativisme. « Cela montre, dit l'acteur Jan Decleir, ce que peuvent réussir les Anversois lorsqu'ils travaillent ensemble, main dans la main, et non les uns opposés aux autres ». Tous se congratulent, autour des chopes de « bollekes », la De Coninck, bière ambrée anversoise : « C'est un jour historique !, dit un artiste. Nous, à Anvers, nous avons pu, pour la toute première fois en Flandre, stopper l'avancée VB qu'on prétendait irrésistible, et faire échec à Dewinter. Celui-ci doit abdiquer son ambition de devenir bourgmestre. Son aura est dissipée. Il a raté son pari ».
A trois rues de là, au Vlaams Belang, Amerikalei, on a commencé à faire la fête dès 18 heures, alors qu'aucun résultat anversois n'avait encore filtré. Dès que la TV dévoilait des gains du parti, on poussait des cris hystériques. On hurlait à la victoire, l'arrosant à grandes lampées de vin afrikaner, la cuvée « Groot Geluk », (Grand Bonheur). Le VB enregistre quelques grosses avancées. Il devient le premier parti (34,7 %) à Schoten, une commune aisée, périphérique d'Anvers, où Marie-Rose Morel, encadrée du staff du parti, soutenue par des chefs d'entreprise, a mené une véritable offensive. Le VB est aussi dominant à Stabroek, Lierre, Boom, Alost et Borsbeek.
Mais, dans nombre de communes, si le Vlaams B. progresse par rapport aux communales de 2000, il plafonne, stagne ou même régresse par rapport aux élections régionales de 2004. La nuance échappe aux dizaines de journalistes étrangers, venus ici avec la même obsession : immortaliser la conquête d'Anvers par un maire d'extrême droite. La plupart d'entre eux ne s'intéressent pas au wonder boy de la Métropole, Patrick Janssens. La logique du cordon sanitaire leur échappe ou les choque. Ils cherchent à filmer un leader extrémiste qui soit plus habile que Le Pen, Haider ou feu Pim Fortuyn. En faisant triompher Patrick Janssens, Anvers sauve son image et son rayonnement international. La Métropole échappe à son statut de ville maudite, de capitale européenne de l'extrême droite.
Pour l'heure, le Vlaams B. rate même les victoires en mineur sur lesquelles il comptait tant. Il voulait être le maire dans au moins deux conseils de district, ces mini-conseils communaux où l'on décide l'aménagement des rues locales et des pistes cyclables, organise les fêtes de quartier, subventionne les maisons de jeunes et les clubs de seniors. Il frôle la majorité, sans la décrocher, à Deurne et Hoboken. Mais, dans ces deux communes à problèmes, la formation d'une majorité démocratique n'est pas chose aisée. A Hoboken, les partis démocratiques devraient en principe s'allier avec l'extrême gauche. A Deurne, le clan démocratique n'a que deux sièges de majorité, mais on craint que le VLD soit déserté par des transfuges. Dans tous les autres districts, il suffira d'une tripartite pour faire échec au VB. Et dire que Dewinter comptait sur quatre victoires symboliques...
Le bilan est clair. Le SP.A de Patrick Janssens réussit une extraordinaire progression. Doublant presque son score, il passe de 19,5 % en 2000 à 35,3 % aujourd'hui. Il gagne 10 sièges (de 12 à 22) ! Le Vlaams Belang, lui, stagne, malgré son alliance avec Hugo Coveliers, le transfuge du VLD. Le parti de Filip Dewinter avait 33 % aux communales de 2000, 34 % aux régionales de 2004. Il n'aligne plus que 33,5 %, conservant, sans plus, ses 20 sièges. Le CDV est en très légère hausse, de 11,1 à 11,35 %., de 5 à 6 sièges. Le VLD subit une sévère dégringolade, de 17 % à 10 %, 9 à 5 sièges. Groen n'aura plus que 2 sièges contre 6 au temps de Mieke Vogels. Janssens a, de toute évidence, aimanté des voix aussi bien de droite que de gauche. En fin de soirée, mauvais perdant, Filip Dewinter lance ses anathèmes : « Je félicite Patrick Janssens... d'avoir cannibalisé sa majorité. Celle-ci n'a qu'une victoire à la Pyrrhus. Elle ne nous a pas enlevé une seule voix. Janssens a mangé ses propres enfants, ceux du VLD, qui perd la moitié de ses sièges et de Groen, qui n'en garde qu'un tiers. En fait, il ne s'est rien passé à Anvers. Rien du tout ». Le leader du parti raciste cite trois raisons à sa stagnation : le vote des étrangers, le vote des nouveaux Belges et... bien évidemment, c'est, dit-il, la faute aux médias. Pourtant, le VB se
heurte bel et bien à un mur, pour la première fois de son histoire. Il recule dans le district de Borgerhout, jadis qualifié de « Borgerokko », pour sa présence massive d'immigrés. Il stagne dans le district d'Anvers, malgré le quartier à problèmes du Nord. Dans les deux cas, l'arrivée de jeunes ménages avec enfants, ouverts à la différence, a brisé la coexistence tendue et grincheuse entre vieux Anversois aigris et jeunes allochtones révoltés par leur chômage.
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