L'article du Standaard: Nous en avons marre

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Vendredi, le Standaard publiait un texte de son rédacteur en chef, Peter Vandermeersch. En voici l'essentiel.

Le 10 novembre 1929, notre journal publiait à la une un article pleine page intitulé ,,Aux catholiques wallons''. Toute la page était rédigée en français. C'était en réaction aux ,,fausses représentations qui étaient débitées par les fransquillons aux Wallons'' par une ,,presse fransquillonne... aux forces unies dans une effervescence disproportionnée''.

Près de quatre-vingts ans plus tard il est temps de dire tout haut : "we zijn het beu", nous en avons marre. Nous en avons marre en Flandre du fait que la presse francophone ne fasse pas son travail comme elle le devrait. Et sans se donner la peine de présenter un portrait nuancé de ce qui se vit en Flandre. L',,édition spéciale'' de la chaîne de télévision publique RTBF et les réactions qu'il a suscitées, hier, dans quelques journaux francophones, en disent long à cet égard.

Pour commencer, ce coup de pub déplacé peut s'avérer mortel pour la crédibilité des médias. On ne parle pas d'un groupe d'étudiants de première année en communication qui chercheraient à démontrer la puissance des médias. Il s'agit de la télévision publique, qui a soigneusement préparé l'émission après l'avoir planifiée depuis deux ans. (...)

Mais le plus enrageant dans toute cette affaire est le grand retour des clichés. La Flandre, chers compatriotes francophones, est donc peuplée de porte-drapeaux qui hurlent des cris sauvages. La Flandre possède un parlement super-puissant où les francophones ne peuvent même pas entrer. La Flandre sort à coups de pieds les braves usagers de leur tram lorsque celui-ci atteint les riches abords de la flamande Tervuren. La Flandre est contente de soi et égoïste. (...)

Cette caricature a eu hier quelques suites dans une partie de la presse francophone. Pour La Libre Belgique, ce genre d'émission a le mérite de ,,porter le débat sur la place publique". Mais pas un mot sur l'approche unilatérale et mesquine du ,,débat'' en question.

,,On vous explique ce qui pourrait se passer'', affirme très sérieusement un éminent commentaire en page 3 du journal Le Soir. ,,Le fantasme flamand'' est aussitôt bombardé scénario crédible, y compris les trams retenus à la frontière. Et le quotidien bruxellois de poursuivre sur l'élan de la RTBF en assénant la vision des hôpitaux francophones grevés de dettes, des médecins quittant le pays et bientôt du ,,Sud qui bascule dans la précarité''. Et tout ça à cause des flamands. (..)

Et maintenant ? La télévision publique et les médias francophones comptent-ils persévérer dans leur sotte vérité caricaturale pleine de porte-drapeaux ? Ou alors sont-ils prêts à mettre en place le personnel et les moyens nécessaires à un journalisme en profondeur ? Si c'est le cas ils découvriront sans aucun doute une autre Flandre, bien plus nuancée. Qu'un débat sérieux puisse commencer. Pas sur,,les obsédés de l'indépendance'' mais sur l'organisation compétente et efficace d'un état belge fédéral. Pas sur la fermeture des vannes financières mais sur une solidarité transparente. Si l'édition spéciale de mercredi soir insuffle cet esprit dans la conscience des rédacteurs en chef des médias francophones, alors ce coup de pub aura peut-être eu un effet positif.

Traduction Daniel Berkenbaum

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