
mardi 26 décembre 2006, 07:00
A l'entame de son discours de Noël et Nouvel An, le roi Albert II s'est brièvement, mais fermement, attardé sur les soupçons de fraude au détriment de la Marine qui auraient bénéficié au prince Laurent lors de l'aménagement de sa villa de Tervuren. Sans citer nommément son fils cadet, le Roi, le visage grave, a d'abord fait sienne les déclarations récentes du gouvernement : « Personne n'est au-dessus de la loi » et « la Justice doit faire son travail en toute indépendance ». Avant de lancer ce pavé dans la mare : « Lorsque la justice établit des détournements, il me semble équitable que la réparation concerne tous ceux qui en ont tiré avantage ».
En clair : Laurent devra rembourser ce qu'il a indûment reçu grâce à l'intervention de son ex-conseiller, le capitaine de vaisseau (colonel) Noël Vaessen. Cet officier, qui sera jugé le 8 janvier à Hasselt aux côtés d'autres gradés de la Marine et d'entrepreneurs limbourgeois complices de détournements (2,2 millions), affirme que 175.000 euros ont été reçus en fournitures (décoration, matériel électroménager, etc.) par le prince Laurent et sa Fondation pour le bien-être animal.
Le « brouillon » de Verhofstadt
Jusqu'à présent, le Palais s'était réfugié derrière « l'enquête judiciaire en cours », se refusant à tout commentaire. Sans attendre le procès, le Roi est spectaculairement sorti de cette réserve.
Pour trois raisons.
1. Les accusations du colonel Vaessen, qui fut le conseiller de Laurent de 1993 à 1999, sont loin d'être vides de contenu. Un expert judiciaire, mandaté par le juge d'instruction de Hasselt, a dressé l'inventaire à la villa Clémentine des prestations dont a bénéficié le prince. Des inculpés estiment que les sommes concernées s'élèveraient non pas à 175.000 mais bien à 400.000 euros.
2. La constitution de partie civile de la Défense, annoncée par le ministre André Flahaut et sa volonté de mener une nouvelle enquête, voire de poursuivre au civil ceux qui auraient bénéficié des fonds détournés à la Marine, risquaient d'éclabousser encore plus le prince Laurent. Le Premier ministre, lui-même, avait indiqué le 12 décembre dernier que l'Etat entendait récupérer « les éventuels préjudices auprès de tous les bénéficiaires de la fraude ». Y compris donc Laurent, même s'il n'est pas poursuivi au pénal à Hasselt. Guy Verhofstadt avait ainsi « écrit le brouillon » du discours royal.
3. Selon l'adage, « mieux vaut un bon accord qu'un mauvais procès ». En invitant implicitement son fils à rembourser l'indûment perçu (qu'il ait ou non été au courant des détournements), le Roi contraint le risque d'un éventuel et humiliant procès civil, source de nouveaux déballages.
l'ambiance risque d'être tendue, ces jours-ci, au palais royal Laurent aura-t-il apprécié les remontrances publiques à peine voilées de son père ? photo benoît doppagne/belga
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